Cacao : Barry Callebaut commercialise du chocolat sans fève, un signal d’alarme pour la Côte d’Ivoire et le Ghana

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Le 14 mai dernier, Barry Callebaut, premier fabricant mondial de chocolat, a annoncé l’intégration de ChoViva dans son portefeuille commercial. Développé par la start-up allemande Planet A Foods à partir de graines de tournesol et de pépins de raisin fermentés et torréfiés, ce produit se présente comme une alternative au chocolat capable d’en reproduire le goût et la texture sans utiliser une seule fève de cacao. Pour les pays producteurs d’Afrique de l’Ouest, qui assurent plus de 70 % de l’offre mondiale, l’entrée d’un acteur de cette envergure dans la commercialisation à grande-échelle d’un substitut constitue un signal qu’il serait risqué d’ignorer.

Un marché des alternatives qui s’industrialise

ChoViva n’est pas un cas isolé. Plusieurs technologies convergent vers le même objectif — réduire la dépendance au cacao traditionnel — et franchissent progressivement le stade industriel. En avril, la start-up israélienne Celleste Bio a annoncé la mise au point des premières tablettes à base de beurre de cacao cultivé en laboratoire, avec l’appui de Mondelēz International. En Suisse, Food Brewer travaille depuis 2022 sur du cacao issu de culture cellulaire et vise une mise sur le marché d’ici la fin 2026, avec une ambition de produire des dizaines de milliers de tonnes annuelles à horizon 2035. Au Royaume-Uni, Nukoko a levé 1,5 million d’euros en 2024 et s’est associé à l’allemand Döhler pour industrialiser une technologie de fermentation de fèves de fava reproduisant les arômes du cacao.

Ces projets témoignent d’un intérêt croissant des grands groupes agroalimentaires pour des sources d’approvisionnement alternatives, plus stables et moins exposées aux aléas climatiques et de marché.

Une volatilité des cours qui accélère la recherche de substituts

Le contexte explique cet empressement. Après avoir culminé à près de 13 000 dollars la tonne fin 2024, les cours du cacao ont brutalement corrigé pour évoluer autour de 3 000 dollars début 2026. Mais cette détente ne signifie pas un retour à l’équilibre : vieillissement des plantations, maladies, aléas climatiques et faible productivité structurelle continuent de peser sur l’offre africaine. Pour les industriels du chocolat, qui couvrent leurs achats plusieurs mois à l’avance, cette volatilité extrême est devenue intenable — et la recherche d’alternatives, une réponse rationnelle.

L’analyste Edward George relevait en mars que les industriels utilisent déjà moins de cacao et développent des formulations alternatives, pendant que la crise du pouvoir d’achat réduit la consommation de confiseries dans les principales régions consommatrices.

Un avantage prix qui pèse sur la compétitivité de la fève

L’argument économique des substituts est concret. En 2024, la chocolaterie française Abtey commercialisait ses produits à base de ChoViva à environ 28 euros le kilogramme, contre près de 48 euros pour son chocolat au lait traditionnel — un écart de 40 % qui, à grande échelle, représente des économies substantielles pour les industriels opérant sur les segments grande consommation.

Pour l’instant, les normes du Codex Alimentarius protègent partiellement la filière : un produit ne peut être vendu comme « chocolat » que s’il contient une proportion minimale de cacao et de beurre de cacao. Les alternatives doivent donc être commercialisées sous d’autres appellations, ce qui limite leur capacité de substitution totale à court terme. Mais cette barrière réglementaire n’est pas éternelle.

L’enjeu stratégique pour la Côte d’Ivoire et le Ghana

Pour les deux premiers producteurs mondiaux, la menace se concentre sur les usages industriels de masse — biscuits, glaces, céréales, confiseries — où la saveur chocolatée peut être reproduite sans recourir à la fève. C’est précisément là que se joue le volume.

Mais l’émergence des substituts peut aussi produire un effet inverse bénéfique : en rendant le cacao optionnel dans certains segments, elle pourrait pousser l’industrie à mieux valoriser le cacao de qualité supérieure, certifié, traçable et produit durablement. La segmentation entre cacao premium et cacao de masse deviendrait alors un levier de valeur, plutôt qu’une simple distinction commerciale.

Pour Abidjan et Accra, l’enjeu n’est peut-être plus seulement d’augmenter les volumes produits. Il est aussi de préserver la singularité et la prime de qualité du cacao africain face à des alternatives industrielles qui s’améliorent et se diffusent plus vite que prévu.

E.N.

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