Guinée : Conakry engage le bras de fer avec les miniers pour imposer le raffinage local de l’or

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Avec l’ouverture d’une fenêtre de négociation de 30 jours et une période transitoire de 90 jours encadrant la suspension des exportations d’or brut, la Guinée franchit une étape décisive dans sa stratégie de captation de valeur sur sa production aurifère. Une raffinerie d’État, dotée d’une capacité de 530 tonnes par an, doit entrer en production commerciale ce mois-ci. Le cadre réglementaire reste à construire — et les opérateurs à convaincre.

Une suspension assortie d’une transition négociée

À travers une série de décrets diffusés le 3 juillet à la télévision nationale, le gouvernement guinéen a officialisé l’ouverture d’une période de négociation de 30 jours avec les opérateurs miniers, destinée à définir le cadre réglementaire accompagnant la suspension des exportations d’or brut — minerai aurifère et doré confondus.

En parallèle, une phase transitoire de 90 jours a été instaurée, permettant aux entreprises minières de continuer, « à titre exceptionnel », à exporter de l’or brut sous un régime déclaratif renforcé. Chaque opérateur devra par ailleurs transmettre au ministère des Mines un plan de mise en conformité. Cette période vise à préparer l’entrée en vigueur de réformes structurelles faisant des raffineries installées sur le sol guinéen les débouchés prioritaires de la production nationale.

Les négociations porteront sur les modalités de cession des volumes aux raffineries locales, les conditions tarifaires, fiscales et douanières applicables, les garanties commerciales et financières offertes aux opérateurs, ainsi que le calendrier de mise en œuvre progressive des nouvelles obligations.

La Nimba Gold Refinery, pièce maîtresse du dispositif

C’est autour de la Nimba Gold Refinery que s’articule concrètement cette ambition. Cette raffinerie portée par l’État guinéen doit entrer en production commerciale au cours du mois de juillet. Selon des informations rapportées par Reuters, citant le ministre des Mines Bouna Sylla, l’installation représente un investissement de 30 millions USD et disposera d’une capacité initiale de traitement de 530 tonnes d’or par an, soit environ 17 millions d’onces.

L’entrée en service de cet outil industriel confère aux ambitions de Conakry une base opérationnelle tangible — et renforce la pression sur les opérateurs miniers pour orienter leurs volumes vers la transformation locale plutôt que vers l’export direct.


Un secteur dominé par l’artisanat, un défi de gouvernance à relever

La structure de la production aurifère guinéenne constitue l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre de ces réformes. En 2025, les mineurs artisanaux ont représenté 1,59 million des 2,33 millions d’onces d’or exportées par la Guinée — soit près de 68 % des volumes —, loin devant les secteurs industriel et semi-industriel. Un segment historiquement exposé à l’informalité et à la contrebande dans la sous-région.

Si des groupes internationaux comme AngloGold Ashanti et Predictive Discovery sont actifs dans le pays, ce sont bien les circuits artisanaux qui conditionnent la réussite ou l’échec de toute réforme de la filière. Conakry devra concevoir un cadre de concertation distinct selon les segments, sous peine de voir une partie significative de la production contourner le dispositif de raffinage local.

Pour renforcer la maîtrise de la chaîne, les autorités prévoient également la création d’un registre national de traçabilité de l’or, qui centralisera l’ensemble des opérations de production, de collecte, de transport, de raffinage et d’exportation.


Une dynamique régionale qui s’accélère

La démarche guinéenne s’inscrit dans un mouvement plus large engagé par plusieurs pays producteurs d’Afrique de l’Ouest. Mali, Burkina Faso et Ghana multiplient les initiatives visant à capter davantage de valeur sur leur production aurifère, portées par la flambée des cours de ces deux dernières années.

Au Ghana, les autorités ont récemment relevé de 20 % à 30 % la part de la production annuelle des mines industrielles que l’entité publique GoldBod est autorisée à acquérir — une mesure conçue notamment pour orienter davantage de volumes vers les raffineries locales.

Pour la Guinée, qui compte l’or parmi ses principaux produits d’exportation aux côtés de la bauxite et du minerai de fer, l’enjeu dépasse la seule valeur ajoutée sur le métal : il s’agit de repositionner durablement le pays dans la chaîne de valeur mondiale des matières premières. La prochaine fenêtre de 30 jours dira si les opérateurs miniers sont prêts à jouer le jeu — ou à résister.

A.S.

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