La Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) a fait admettre lundi 13 juillet des obligations liées au développement durable d’un montant de 108 milliards FCFA — environ 187 millions de dollars — à la Bourse de Luxembourg, sur la Securities Official List et la plateforme Luxembourg Green Exchange (LGX), dédiée aux titres intégrant des critères ESG. L’opération marque une double première : première émission obligataire de Senelec sur la place luxembourgeoise, et première titrisation en Afrique adossée à des créances d’électricité par une entreprise de service public.
Des créances impayées transformées en obligations
Le montage repose sur une titrisation : Senelec a regroupé des factures restant à encaisser pour les utiliser comme actifs sous-jacents à l’émission. Les investisseurs fournissent les fonds immédiatement, tandis que les remboursements progressifs des factures alimentent le service de la dette. BOAD Titrisation a agi comme arrangeur et société de gestion de l’opération.
Cette structure permet à Senelec de mobiliser des liquidités immédiates à partir de son portefeuille de créances, sans alourdir son bilan de dette classique — une optimisation de la gestion financière particulièrement pertinente pour un opérateur d’infrastructure dont les cycles de trésorerie sont longs.
52,5 % fléchés vers les renouvelables et l’efficacité énergétique
Plus de la moitié des fonds — 52,5 % — sera consacrée à des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Le reste est adossé à des engagements mesurables en matière de durabilité : réduction des pertes sur le réseau de transport et amélioration du taux d’accès à l’électricité. Cette combinaison entre financement vert et obligations à performance constitue une innovation sur le marché africain des capitaux.
L’admission sur le LGX ouvre à Senelec l’accès à une base d’investisseurs institutionnels spécialisés dans la finance durable, qui peuvent désormais acheter et vendre ces obligations sur la place luxembourgeoise — un élargissement significatif de l’univers de financement disponible pour l’opérateur sénégalais.
« Cette opération démontre que des solutions de financement sophistiquées en monnaie locale peuvent être alignées sur des objectifs environnementaux et sociaux mesurables », a déclaré Adji Sokhna M’Baye, directrice générale de BOAD Titrisation. Pour Senelec, l’enjeu est d’accélérer l’atteinte de l’objectif sénégalais de 40 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030.
Y.H.




