Le Groupe de la Banque mondiale et le Bénin ont lancé vendredi à Cotonou un cadre de partenariat de 2,6 milliards de dollars pour la période 2027-2036 — environ 1 446 milliards FCFA — le premier accord de ce type conclu sur dix ans entre les deux parties. Le lancement s’est accompagné de la signature de deux financements immédiats : 150 millions de dollars pour la phase initiale du barrage hydroélectrique de Dogo-Bis et 170 millions pour un programme de nutrition infantile.
L’emploi comme boussole, 80 % des postes créés dans l’informel
Le cadre s’articule autour de trois piliers — capital humain, infrastructures, transformation par le secteur privé — avec l’emploi comme fil conducteur. L’enjeu est quantifié : le Bénin doit créer 250 000 emplois par an pour absorber les arrivées sur le marché du travail. Or malgré une croissance de 8,1 % en 2025 et une moyenne de 6,9 % sur 2021-2025, 80 % des postes créés en 2025 relevaient encore de l’informel selon le document de partenariat. La pauvreté extrême a reculé de 26,4 % à 20,5 % entre 2021 et 2025, mais la transformation structurelle reste insuffisante.
Environ la moitié du programme attendue du secteur privé
Le principal changement de méthode réside dans la répartition des rôles. L’IDA (guichet concessionnel du Groupe) apportera 1,077 milliard de dollars sur la décennie, concentrés sur les réformes. La SFI et la MIGA doivent attirer les capitaux privés : « environ la moitié » du programme devrait être portée par le secteur privé, selon la directrice générale des opérations de la Banque mondiale Anna Bjerde. Trois obstacles ont été identifiés : accès au financement, inadéquation des compétences et accès au foncier. Sur le premier point, les femmes n’obtiennent que 4 % des financements au Bénin — le cadre vise à ouvrir l’accès aux services financiers à 53 000 entrepreneures.
Dogo-Bis : 128 MW pour viser 70 % d’accès à l’électricité d’ici 2030
Le financement du barrage de Dogo-Bis, d’une capacité prévue de 128 MW et dont la mise en service est attendue à l’horizon 2032-2033 selon le ministre de l’Énergie Édouard Dahomé, s’inscrit dans la stratégie de mix énergétique béninoise — solaire, éolien et hydroélectricité — et dans l’initiative Mission 300. Le pays vise 70 % d’accès à l’électricité d’ici 2030, contre environ 43 % fin 2024. Le partenariat prévoit également une réforme foncière, un accès élargi à l’internet haut débit et une allocation dédiée aux régions du Nord, confrontées aux incursions de groupes armés sahéliens.
En cinq ans, le portefeuille de la Banque mondiale au Bénin a été multiplié par quatre, à 4 milliards de dollars sur 28 opérations actives — un rythme que ce nouveau cadre décennal vise à amplifier encore.
E.N.




