Sonatel vient de publier un semestre historique. Entre janvier et juin 2026, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 1 049,8 milliards FCFA — environ 1,6 milliard d’euros — franchissant pour la première fois le seuil symbolique de 1 000 milliards en un seul semestre. Le résultat net consolidé suit la même trajectoire à 230 milliards FCFA, soit environ 351 millions d’euros. L’action Sonatel a atteint un plus haut historique au-delà de 31 000 FCFA début juillet sur la BRVM.
Une marge opérationnelle qui s’améliore, un effet fiscal non reconductible
La lecture des comptes nuance toutefois la performance. La marge avant impôts, amortissements et charges de loyers s’améliore — signe que le groupe produit davantage de revenus avec une efficacité accrue. Mais l’accélération du résultat net tient aussi à un taux d’impôt effectif plus favorable qu’un an plus tôt. Une partie de la progression bénéficiaire doit donc moins à l’exploitation qu’à un effet fiscal ponctuel, et ne peut être extrapolée.
Le groupe a par ailleurs engagé des investissements lourds ces dernières années dans la fibre, la 4G, la 5G et les infrastructures de données, dont la rentabilisation reste à démontrer dans les prochains exercices.
Starlink, Wave et la pression fiscale sénégalaise : trois fronts à surveiller
Trois risques structurels pèsent sur la trajectoire future. Le premier est la concurrence sur le haut débit : Starlink est commercialisé au Sénégal depuis février 2026 et cible directement les zones où la fibre reste absente. Le second est le mobile money, où Wave a durablement modifié les usages et les prix — l’enjeu pour Orange Money n’est plus le nombre d’utilisateurs mais la marge par transaction dans un marché sous pression tarifaire. Le troisième est fiscal : dans un contexte budgétaire sénégalais plus contraint depuis 2024, les télécoms — secteur visible, rentable et peu délocalisable — peuvent devenir une source de recettes supplémentaires pour l’État, qui est à la fois actionnaire, régulateur et collecteur d’impôts.
La dimension régionale, atout mais risques propres
La diversification géographique reste l’un des moteurs de Sonatel. La Guinée et la Guinée-Bissau compensent la maturité du marché sénégalais. Le Mali reste un marché important mais exposé à un contexte sécuritaire et énergétique difficile. Les filiales en Guinée et en Sierra Leone, hors zone FCFA, exposent le groupe à un risque de change : une dépréciation de leurs monnaies réduirait mécaniquement leur contribution consolidée. Au second semestre, les observateurs surveilleront la marge d’exploitation, la trajectoire fiscale, les parts de marché sur le mobile money et le haut débit, et toute décision réglementaire à Dakar.
A.S.




