Mali : création d’une société publique pour centraliser les participations de l’État dans les mines

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Le Mali poursuit la consolidation de sa présence dans le secteur extractif. À l’issue du Conseil des ministres du 6 février 2026, le gouvernement a annoncé la création de la Société de patrimoine minier (Sopamim SA), une nouvelle entité publique destinée à structurer et renforcer le contrôle de l’État dans les projets miniers.

Détenue à 100 % par l’État malien, la Sopamim SA aura pour mission principale d’acquérir, de gérer et de valoriser les participations publiques dans les différents projets miniers du pays. À travers ce nouvel outil, Bamako entend centraliser la gestion de ses actifs miniers et professionnaliser le suivi de ses intérêts économiques dans un secteur stratégique, dominé par l’or.

Un secteur clé pour l’économie nationale

Premier pilier de l’économie malienne, l’industrie extractive représente une source majeure de recettes publiques. Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest et accueille plusieurs compagnies internationales, dont la canadienne Barrick Gold, active notamment sur le complexe Loulo-Gounkoto.

Selon les données du programme « Extractives Global Programmatic Support » (EGPS), soutenu par la Banque mondiale, les revenus tirés du secteur extractif ont atteint 1 075,4 milliards FCFA en 2022 (environ 1,95 milliard $). Ces recettes ont représenté 9,2 % du PIB et plus de 53 % des recettes de la Direction générale des impôts.

Malgré ce poids macroéconomique, l’impact direct sur l’emploi demeure limité : le secteur ne contribue qu’à hauteur de 1,9 % à l’emploi national, illustrant le caractère capitalistique de l’activité minière.

Une trajectoire réglementaire de plus en plus souverainiste

La création de la Sopamim SA s’inscrit dans une évolution progressive du cadre minier malien. Le Code minier de 1991, puis sa révision en 1999, avaient privilégié une logique d’attractivité, avec des incitations fiscales destinées à attirer les investisseurs étrangers.

À partir de 2012, les autorités ont amorcé un rééquilibrage en faveur d’une meilleure captation des revenus par l’État. Ce mouvement s’est accéléré avec l’adoption du nouveau Code minier en août 2023. Celui-ci renforce la participation publique dans les nouveaux projets, en fixant une part obligatoire de 10 % pour l’État, avec la possibilité d’atteindre jusqu’à 30 % en intégrant les participations réservées aux acteurs locaux.

Dans ce contexte, la Sopamim SA apparaît comme un instrument opérationnel destiné à matérialiser cette montée en puissance de l’État dans la gouvernance du secteur minier. Au-delà de la détention de parts, l’objectif affiché est de mieux suivre la performance des projets, d’optimiser les dividendes perçus et d’accroître la part des richesses captées localement.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté économique, portée par les autorités maliennes, qui visent à renforcer la maîtrise nationale des ressources naturelles tout en redéfinissant les rapports avec les compagnies extractives internationales.

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