Les opérateurs télécoms burkinabè sommés de bâtir leur siège local

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Le gouvernement burkinabè franchit un cap dans sa politique d’ancrage local des grandes entreprises. En Conseil des ministres le 12 février, un décret a été adopté imposant aux sociétés réalisant un chiffre d’affaires d’au moins 5 milliards FCFA sur les trois derniers exercices de construire leur siège au Burkina Faso.

Cette mesure concerne directement les trois principaux opérateurs du marché de la téléphonie mobile : Orange Burkina Faso, Onatel (Moov Africa) et Telecel Faso. Ensemble, ils ont généré 490,5 milliards FCFA de chiffre d’affaires en 2024.

Des exigences proportionnelles au chiffre d’affaires

Le texte classe les entreprises en quatre catégories selon leur niveau d’activité.

Les sociétés de catégorie A, affichant un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 100 milliards FCFA, devront ériger au minimum un immeuble R+7, doté d’un parking souterrain et d’un parking en surface, intégrant des critères d’efficacité énergétique. Moov Africa (Onatel) et Orange entrent dans cette catégorie. En 2024, Onatel a réalisé 117,19 milliards FCFA de chiffre d’affaires, tandis qu’Orange a enregistré 332,91 milliards FCFA.

Telecel Faso, dont le chiffre d’affaires s’est établi à 40,44 milliards FCFA en 2024, relève de la catégorie C. Les entreprises concernées devront construire au minimum un immeuble R+4 avec parking en surface.

Les sociétés disposent de six mois pour soumettre leurs dossiers à une commission interministérielle et de 36 mois pour finaliser les travaux. Elles pourront bénéficier d’exonérations sur les matériaux de construction et acquérir des terrains aménagés auprès de la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR).

À noter que Moov Africa Burkina Faso a déjà posé la première pierre de son futur siège dans la Zone d’Activités Commerciales et Administratives (ZACA) de Ouagadougou. Le projet prévoit un bâtiment R+5 extensible en R+7, pour un investissement estimé à 9 milliards FCFA.

Un enjeu d’équilibre entre immobilier et numérique

Si les autorités présentent cette initiative comme un symbole de souveraineté numérique et de modernisation urbaine, elle soulève aussi des interrogations sur l’arbitrage des investissements. Les opérateurs devront mobiliser des ressources significatives pour leurs projets immobiliers, alors même que le secteur télécom requiert d’importants capitaux pour étendre la couverture et améliorer la qualité des services.

En août 2024, la ministre de la Transition digitale, Aminata Zerbo/Sabane, indiquait que la couverture mobile atteignait 85 %, contre 64 % pour la 3G et 46 % pour la 4G. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet s’élevait à 17 % en 2023, contre 55,9 % pour la téléphonie mobile.

La 5G n’a pas encore été lancée commercialement dans le pays. Or, son déploiement nécessite des investissements lourds, estimés entre 3 et 8 milliards USD pour un lancement initial selon des études sectorielles, avec des coûts additionnels pour une couverture nationale.

Dans ce contexte, la mise en œuvre du décret devra trouver un équilibre entre ancrage territorial des entreprises et maintien de leur capacité à investir dans les infrastructures numériques, essentielles à la transformation digitale du pays.

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