La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) envisage de renforcer la protection des passagers aériens dans l’espace communautaire face à la multiplication des plaintes liées aux retards de vols, annulations et bagages endommagés. À l’issue d’un atelier consultatif organisé la semaine dernière à Abidjan, la Commission de l’organisation a recommandé une série de mesures destinées à harmoniser les mécanismes de recours et à améliorer la prise en charge des réclamations dans la région.
Parmi les principales propositions figure la création d’une plateforme numérique régionale permettant aux voyageurs des États membres de déposer leurs plaintes en ligne et d’en suivre le traitement en temps réel. Ce dispositif vise à rendre les procédures plus transparentes et plus accessibles pour les passagers confrontés à des perturbations de vols.
La Commission préconise également la mise en place d’un mécanisme structuré de compensation, destiné à garantir un paiement plus rapide des indemnités en cas de perturbations majeures des vols. Cette mesure serait complétée par un système alternatif de règlement des litiges, reposant sur des procédures extrajudiciaires telles que la médiation, la conciliation ou l’arbitrage. L’objectif est d’offrir aux passagers des voies de recours rapides et gratuites, afin d’éviter les procédures judiciaires longues et coûteuses.
Ces propositions interviennent dans un contexte marqué par des critiques récurrentes concernant la qualité des services aériens sur plusieurs plateformes aéroportuaires du continent, où les passagers se retrouvent fréquemment confrontés à des perturbations sans indemnisation.
Une étude publiée en octobre par la Commission de la concurrence du COMESA, fondée sur 350 plaintes déposées par 141 consommateurs, révèle que 31,7 % des passagers interrogés ont signalé des retards de vol, suivis par des changements d’horaires et des dommages causés aux bagages. L’enquête indique également que 71,6 % des passagers concernés n’ont reçu aucune indemnisation.
Pour certains experts, la responsabilité de ces perturbations ne peut toutefois pas être imputée uniquement aux compagnies aériennes. La Association du transport aérien international (IATA) souligne les limites des cadres réglementaires actuels. Son directeur général, Willie Walsh, estime qu’il est « absurde » que les compagnies soient seules tenues d’indemniser les passagers, alors que les perturbations peuvent aussi résulter de facteurs externes tels que les défaillances du contrôle aérien, les grèves du personnel au sol ou encore les insuffisances des infrastructures aéroportuaires.
À ce stade, les propositions de la CEDEAO restent au stade de recommandations. Leur mise en œuvre dépendra de la capacité des États membres à s’accorder sur les modalités techniques et réglementaires. Plusieurs initiatives régionales ont déjà rencontré des difficultés d’application, à l’image du projet visant à réduire de 40 % le prix des billets d’avion en Afrique de l’Ouest, qui prévoit notamment la suppression de certaines taxes aériennes et une baisse de 25 % des redevances passagers et de sécurité, mais dont l’entrée en vigueur prévue au 1er janvier 2026 reste encore incertaine.




