Sénégal : 65 millions $ ciblés pour faire décoller l’aquaculture et réduire la pression sur la pêche

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Face à l’épuisement progressif des ressources halieutiques et à une demande alimentaire en hausse, le Sénégal veut accélérer le développement de l’aquaculture pour renforcer durablement son approvisionnement en protéines animales.

L’Agence nationale de l’aquaculture prévoit de mobiliser 36,51 milliards FCFA (64,9 millions USD) sur les cinq prochaines années dans le cadre de son nouveau Plan stratégique de développement de l’aquaculture 2026-2030, validé le 12 mai.

Selon les informations relayées localement, ce financement devrait reposer largement sur la mobilisation de capitaux privés.

Une ambition de changement d’échelle

L’objectif affiché est particulièrement ambitieux : multiplier par plus de six la production nationale.

Le Sénégal vise ainsi une production aquacole de 20 000 tonnes à l’horizon 2030, contre seulement 3 049 tonnes en 2025.

Pour soutenir cette montée en puissance, les autorités veulent structurer plusieurs maillons critiques de la chaîne de valeur :

  • production annuelle de 52 millions d’alevins ;
  • renforcement des capacités d’ensemencement ;
  • développement d’une industrie locale d’aliments pour poissons ;
  • réduction de la dépendance aux importations d’intrants ;
  • mobilisation accrue du secteur privé.

Pour Samba Ka, le constat est sans ambiguïté : l’aquaculture n’est plus un segment secondaire, mais un levier stratégique de sécurité alimentaire.

Une réponse à la crise de la pêche

Cette orientation traduit une évolution structurelle.

Au Sénégal, comme dans la majorité des pays côtiers africains, l’approvisionnement en poisson repose historiquement sur :

  • la pêche maritime ;
  • la pêche continentale.

Mais ce modèle montre ses limites :

  • surexploitation des stocks ;
  • dégradation des écosystèmes côtiers ;
  • pression démographique ;
  • concurrence accrue entre usages industriels et artisanaux.

Dans ce contexte, l’aquaculture apparaît comme un levier de diversification plus soutenable.

Le vrai verrou : la compétitivité

L’ambition sénégalaise se heurte toutefois aux réalités économiques du secteur africain.

Selon le World Economic Forum, les coûts de production aquacole en Afrique sont 10 à 20 % supérieurs à la moyenne mondiale.

Le principal facteur explicatif reste l’alimentation piscicole.

Le continent dépend encore fortement d’intrants importés, notamment :

  • tourteau de soja ;
  • farine de poisson ;
  • formulations industrielles spécialisées.

Cette dépendance entraîne :

  • volatilité des coûts ;
  • exposition aux marchés internationaux ;
  • pression sur la rentabilité des exploitations.

Le développement d’une filière locale d’aliments constitue donc probablement le maillon le plus critique du plan sénégalais.

Un enjeu économique au-delà de la sécurité alimentaire

Si elle réussit, cette stratégie pourrait produire des effets au-delà du seul approvisionnement en poisson :

  • création d’emplois ruraux ;
  • substitution aux importations ;
  • développement agro-industriel ;
  • amélioration de la balance commerciale ;
  • montée en compétences techniques.

Mais entre ambition stratégique et réalité opérationnelle, le passage à l’échelle nécessitera bien plus que des investissements : structuration des marchés, accès au financement, maîtrise technique et compétitivité des intrants seront déterminants.

Y.H.

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