Face à la pression croissante sur la mobilité urbaine dans la capitale nigérienne, le gouvernement veut reprendre la main sur l’organisation du transport public. Réuni en Conseil des ministres, l’exécutif a validé la création de la Société nigérienne de transport urbain (SONITU), une entreprise à capital mixte public-privé chargée de structurer l’offre de transport collectif à Niamey.
Cette initiative marque une nouvelle tentative de modernisation des déplacements urbains dans une ville dont la population approche désormais 1,5 million d’habitants, selon les estimations de World Population Review.
Le projet dépasse la simple mise en circulation de bus. Les autorités envisagent un dispositif plus large incluant l’acquisition de véhicules de transport, d’équipements d’assistance technique et de pièces de rechange, mais aussi le développement d’infrastructures dédiées : gare centrale, ateliers de maintenance, terminaux, arrêts de bus, voies réservées et carrefours aménagés.
À ce stade, aucun calendrier officiel de mise en service n’a encore été communiqué.
Un secteur dominé par l’informel
Comme dans de nombreuses capitales africaines, l’offre de mobilité urbaine à Niamey repose aujourd’hui principalement sur des opérateurs privés informels. Les déplacements quotidiens sont largement assurés par les taxis collectifs, les minibus privés appelés « Faba-Faba », ainsi que d’autres acteurs non structurés.
Ce modèle a permis d’absorber une partie de la demande, mais il montre aussi ses limites : congestion chronique, sécurité routière dégradée, irrégularité des services et faible confort pour les usagers.
L’ancienne SOTRUNI (Société des transports urbains du Niger), censée assurer une partie du service public, n’a jamais réellement réussi à répondre aux besoins croissants, freinée par une flotte limitée, des difficultés de maintenance et des contraintes opérationnelles persistantes.
Le pari d’un modèle hybride
Avec la SONITU, les autorités semblent vouloir adopter une approche plus pragmatique, fondée sur un modèle d’économie mixte associant capitaux publics et privés. Cette architecture vise théoriquement à conjuguer mission de service public et discipline de gestion.
Mais l’expérience de nombreuses sociétés publiques de transport sur le continent invite à la prudence.
Le succès du projet dépendra moins de son lancement politique que de plusieurs variables structurelles : capacité à sécuriser un financement durable, maîtrise des coûts d’exploitation, maintenance régulière des équipements, gouvernance efficace et intégration progressive des opérateurs informels dans le nouvel écosystème.
Un enjeu d’urbanisation
Au-delà du transport, le projet reflète les défis plus larges de l’urbanisation rapide au Niger. Avec l’expansion démographique et spatiale de Niamey, la question de la mobilité devient un enjeu économique, social et environnemental.
Si elle est correctement exécutée, la SONITU pourrait contribuer à améliorer la productivité urbaine, réduire les temps de trajet et renforcer la sécurité routière.
Mais pour éviter le sort de précédentes initiatives publiques, la future société devra démontrer qu’elle peut offrir un service fiable, financièrement soutenable et adapté aux réalités locales.
A.S.




