Ghana : malgré le durcissement fiscal, les compagnies minières maintiennent leurs investissements dans l’or

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Le Ghana poursuit la refonte du cadre économique de son industrie aurifère, avec l’ambition de capter une part plus importante de la rente générée par la flambée des cours de l’or. Si cette orientation suscite des réserves chez les opérateurs, les principaux groupes miniers continuent pour l’instant de maintenir, voire d’accélérer, leurs investissements dans le pays.

Dernier signal en date : la compagnie canadienne Asante Gold cherche à mobiliser 50 millions de dollars de financement additionnel pour soutenir son fonds de roulement, alors qu’elle poursuit le développement de ses mines de Bibiani et Chirano.

Cette dynamique intervient alors qu’Accra revoit progressivement les règles fiscales encadrant son principal secteur d’exportation. Depuis mars, le gouvernement a instauré un nouveau mécanisme de redevances minières, remplaçant le taux fixe de 5 % par une grille variable pouvant atteindre 12 %, selon l’évolution des prix de l’or. Les autorités envisagent également de supprimer les accords de stabilité minière, qui garantissaient jusqu’ici certains avantages fiscaux aux investisseurs sur le long terme.

Un secteur inquiet, mais toujours actif

Ces réformes ont provoqué une levée de boucliers dans le secteur. La Chambre des Mines du Ghana alerte depuis plusieurs mois sur le risque de fragiliser l’attractivité du pays pour les investissements miniers.

Les opérateurs redoutent que l’alourdissement de la pression fiscale freine les projets d’expansion et réduise, à terme, la capacité du Ghana à maintenir son rang parmi les grandes juridictions aurifères africaines.

Pour autant, les faits montrent une dynamique plus nuancée.

Le géant américain Newmont a injecté 11 millions de dollars au premier trimestre dans sa nouvelle mine Ahafo North, entrée en production fin 2025 et encore en phase de montée en puissance.

Même tendance chez Gold Fields, dont les investissements sur la mine de Tarkwa ont bondi de 69 %, atteignant 96 millions de dollars sur la période.

De son côté, AngloGold Ashanti a consacré 16 millions de dollars aux investissements de développement sur sa mine Obuasi, contre seulement 5 millions un an plus tôt.

Autrement dit, malgré les tensions réglementaires, les grands acteurs continuent de capitaliser sur leurs actifs existants, dans un environnement de marché exceptionnellement favorable.

L’effet prix comme amortisseur

Le maintien de ces investissements s’explique largement par le contexte du marché de l’or. Depuis le début de 2025, les prix du métal précieux évoluent à des niveaux historiquement élevés, autour de 4 500 dollars l’once, offrant aux producteurs des marges suffisantes pour absorber, au moins partiellement, la hausse des prélèvements.

Cette situation donne au gouvernement ghanéen une fenêtre d’opportunité pour renforcer sa captation de valeur sans provoquer, à court terme, un retrait massif des investisseurs.

Mais l’équilibre reste fragile.

Des interrogations à moyen terme

Si les groupes poursuivent leurs investissements, plusieurs échéances critiques approchent. Le permis minier de Bibiani, exploité par Asante Gold, expire en mai 2027. Celui de Tarkwa, détenu par Gold Fields, arrive également à échéance l’an prochain.

Les renouvellements de licences, les futures négociations fiscales et la question des accords de stabilité seront déterminants pour mesurer la véritable capacité du Ghana à concilier souveraineté économique et attractivité minière.

Le précédent malien montre d’ailleurs qu’un durcissement réglementaire n’entraîne pas nécessairement un retrait immédiat des opérateurs, mais peut durablement modifier la perception du risque pays.

Pour l’heure, le Ghana bénéficie encore d’un puissant filet de sécurité : la vigueur du marché aurifère. Reste à savoir si cette résilience survivra à une éventuelle normalisation des cours.

Y.H.

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