Côte d’Ivoire : Abidjan mise sur le modèle aquacole égyptien pour relancer une filière en recul

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Avec une production halieutique en baisse de plus de 23 % depuis 2018 et une dépendance structurelle aux importations, la Côte d’Ivoire engage une coopération technique avec l’Égypte — premier producteur africain de poisson — pour moderniser son secteur de la pêche et de l’aquaculture. Un accord signé au Caire le 29 juin ouvre la voie à des transferts de technologie et à des investissements structurants.


Un partenariat ancré dans les performances du leader continental

Le ministère ivoirien des Ressources animales et halieutiques a signé le 29 juin dernier avec l’Autorité égyptienne de développement de la pêche (GAFRD) un protocole d’accord portant sur la coopération dans les domaines de la pêche, de l’aquaculture et de la protection du milieu marin. Le texte prévoit notamment des actions conjointes sur le développement de la pisciculture et la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).

Le choix de l’Égypte comme partenaire de référence repose sur des données difficilement contestables. Selon le dernier rapport mondial de la FAO sur les pêches et l’aquaculture, publié en juin 2025, le pays a produit 2 millions de tonnes de produits halieutiques en 2024, dont 83 % issus de l’aquaculture intensive. Sur la dernière décennie, la production aquacole égyptienne a progressé de 36 %, passant de 1,17 million de tonnes en 2015 à 1,6 million de tonnes en 2024 — une trajectoire portée par des investissements ciblés dans les fermes piscicoles intensives, l’amélioration génétique des espèces, l’alimentation animale et les infrastructures de transformation.

Ce modèle fait aujourd’hui école sur le continent. L’aquaculture est de plus en plus perçue comme une alternative plus durable et plus prévisible à la pêche de capture, dont les rendements restent soumis aux aléas climatiques et à la pression sur les stocks naturels.


Une filière ivoirienne structurellement sous-performante

La coopération avec Le Caire intervient dans un contexte de fragilité sectorielle persistante. La production halieutique ivoirienne a atteint son pic en 2018, à 113 637 tonnes, avant d’entamer une décrue régulière. En 2023, elle s’établissait à 87 228 tonnes, soit un recul de 23,23 % en cinq ans selon la FAO. Un déficit que le pays compense par des importations massives de poisson sur les marchés internationaux, pesant sur sa balance commerciale agricole.

Une analyse de la Banque africaine de développement (BAD) publiée en 2024 identifie plusieurs goulots d’étranglement structurels : pertes post-capture élevées, insuffisance des infrastructures tout au long de la chaîne de valeur, effets du changement climatique sur la reconstitution des stocks, persistance de la pêche INN, et accès limité au financement pour les pêcheurs artisanaux et les PME du secteur.


Le ProDeCAP comme levier d’accélération

Pour répondre à ces défis, le gouvernement ivoirien a lancé le 26 mars 2025 le Projet de Développement des Chaînes de Valeur Compétitives de l’Aquaculture et de la Pêche Durable (ProDeCAP), mis en œuvre sur cinq ans avec l’appui technique et financier de la FAO. Doté d’un budget de 28,95 millions d’euros (environ 33,1 millions USD), le programme fixe un objectif ambitieux : porter la production aquacole nationale à 35 000 tonnes d’ici 2031, contre moins de 8 000 tonnes en 2023 — soit une multiplication par plus de quatre en sept ans.

La coopération avec l’Égypte s’inscrit en complémentarité avec ce programme. Les domaines de collaboration envisagés incluent le transfert de technologies aquacoles, la recherche appliquée, la formation des professionnels du secteur et le développement de projets structurants. Des leviers qui pourraient concrètement améliorer la productivité des exploitations piscicoles ivoiriennes, renforcer les capacités techniques locales et élargir l’offre nationale en poisson d’élevage.

Pour la première économie de l’UEMOA, l’enjeu est de taille : réduire la dépendance aux importations, sécuriser l’approvisionnement protéique d’une population en croissance, et faire de l’aquaculture un segment à part entière de son agro-industrie.

Y.H.

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