Traditionnellement dépendante de la pêche artisanale et de l’aquaculture continentale, la filière halieutique sénégalaise franchit un cap décisif. Avec l’installation de ses premières cages flottantes en haute mer, le pays pose les bases d’un élevage marin moderne, pensé comme une alternative durable pour sécuriser l’approvisionnement en poisson.
Une ferme pilote novatrice à Palmarin
L’Agence nationale de l’aquaculture (ANA), en partenariat avec l’entreprise privée Atlantic Mariculture, a déployé le tout premier site d’aquaculture marine du pays au large de Diakhanor, dans la commune de Palmarin.
Ce projet expérimental vise à acquérir une expertise technique locale et à tester la viabilité économique de ce modèle avant son industrialisation.
Les chiffres clés de l’initiative
- Infrastructures : 2 cages flottantes de 25 mètres de diamètre.
- Investissement initial : Plus de 350 millions de FCFA (~607 000 USD).
- Emprise foncière : 300 hectares attribués par la municipalité de Palmarin.
- Potentiel d’emplois : 400 emplois directs et jusqu’à 1 000 emplois indirects attendus avec le développement complet de la chaîne de valeur.
Un virage stratégique vers la haute mer
Jusqu’alors, l’aquaculture sénégalaise reposait quasi exclusivement sur des installations continentales (étangs, bassins ou cages fluviales) dédiées principalement au tilapia et au poisson-chat. Le passage au milieu marin modifie la donne à plusieurs niveaux :
- Productivité optimale : Selon la FAO, les courants côtiers et le renouvellement continu de l’eau par les marées offrent un environnement idéal pour la croissance des poissons.
- Diversification des espèces : La mariculture permet de produire des poissons à plus forte valeur commerciale (comme le bar ou la dorade).
- Potentiel d’exportation : Les espèces marines ouvrent l’accès aux marchés régionaux et internationaux, porteurs de recettes en devises.
Cap sur 2030 : Une ambition multipliée par six
Ce test grandeur nature s’inscrit au cœur du nouveau Plan stratégique de développement de l’aquaculture (2026–2030). L’ANA ambitionne de faire passer le secteur à la vitesse supérieure pour répondre aux besoins du marché national.
| Indicateur de performance | Situation (2025) | Objectif (2030) |
| Production aquacole annuelle | 3 049 tonnes | 20 000 tonnes |
| Investissements privés ciblés | — | 36,51 milliards FCFA (~64,9M $) |
| Production annuelle d’alevins | — | 52 millions d’unités |
Pour soutenir cette croissance, les autorités misent sur une implication forte du secteur privé et le développement d’une industrie locale d’aliments pour poissons, réduisant ainsi la dépendance aux importations.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Si la pêche capture encore près de 500 000 tonnes de poissons par an, la pression sur les ressources halieutiques rend indispensables de nouvelles sources d’approvisionnement. La réussite du projet de Palmarin sera déterminante pour faire de l’aquaculture marine un moteur durable et compétitif de l’économie bleue sénégalaise.
E.N.




