Analyse du projet confédéraliste de l’AES

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Nous livrons ci-dessous les principaux axes de l’analyse proposée par Christian BOUQUET, chercheur au LAM et professeur émérite de géographie politique à l’université de Bordeaux.

Dans un contexte de turbulence politique en Afrique de l’Ouest, trois pays, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous dirigés par des juntes militaires, ont pris l’initiative de créer l’Alliance des États du Sahel (AES) en septembre 2023. Cette alliance vise ultimement à établir une confédération regroupant ces trois nations. Cette démarche a été motivée par une réaction à l’hostilité manifestée par les États voisins et la communauté internationale face à la succession de coups d’État dans la région sahélienne.

L’analyse remonte aux précédents historiques, mentionnant les tentatives de redécoupage géographique telles que l’Organisation commune des Régions sahariennes (OCRS) en 1957 et la Fédération du Mali en 1959. Ces initiatives avaient pour objectif de reconnaître la spécificité des régions sahariennes, mais n’ont pas abouti en raison de diverses contraintes.

L’AES, avec une superficie de 2,780,000 km2, soulève des préoccupations quant à la gestion d’un territoire aussi vaste, rappelant les difficultés actuelles de certains pays sahéliens en raison de leur gigantisme territorial. Les enjeux de sécurité face à la menace djihadiste sont également soulignés, en particulier après le retrait des pays membres de l’AES du G5 Sahel.

Les relations de l’AES avec d’autres organisations régionales, telles que la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), ainsi que la proposition du Maroc d’ouvrir ses façades maritimes aux États du Sahel, sont abordées. La rupture de l’AES avec la CEDEAO en janvier 2024 et ses implications sur la libre circulation des biens et des personnes sont également examinées.

L’influence de la Russie à travers le groupe paramilitaire privé Wagner est soulignée, avec des informations sur la présence supposée de mercenaires dans la région. Les défis économiques potentiels, notamment la création d’une nouvelle monnaie, sont évoqués, ainsi que l’impact de la levée partielle des sanctions par la CEDEAO en février 2024.

L’analyse conclut en mettant en lumière les défis persistants de la région sahélienne, soulignant que la formation de l’AES semble reproduire des problématiques non résolues depuis les indépendances, telles que l’immensité territoriale, l’enclavement, les tensions intercommunautaires, et la dépendance continue envers des acteurs extérieurs.

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