Ghana–Burkina Faso : la suspension des importations de tomates fait flamber les prix à Accra

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Les tomates occupent une place centrale dans l’alimentation des ménages ghanéens. Mais avec une filière locale insuffisamment performante, le pays dépend largement des importations en provenance du Burkina Faso — un flux vital aujourd’hui interrompu.

Le 17 février, Accra a annoncé la suspension temporaire des importations de tomates en réaction à une attaque terroriste à Titao, dans le nord du Burkina Faso. Selon l’Association nationale des commerçants et transporteurs de tomates du Ghana et le ministère des Affaires étrangères, trois commerçants ghanéens ont été blessés lors d’un déplacement pour s’approvisionner le 14 février.

La durée de cette suspension n’a pas été précisée, mais ses effets se font déjà sentir. À Accra, au marché central d’Agbogbloshie, le prix d’un panier de tomates fraîches est passé de 3 000 cedis (273 $) à 4 000 cedis (364 $) en l’espace de 48 heures, rapporte Bloomberg.

Une dépendance structurelle au Burkina Faso

Ce choc intervient alors que le commerce transfrontalier entre les deux pays constitue l’un des maillons les plus dynamiques du marché alimentaire ouest-africain.

Au Ghana, les tomates représentent 40 % des dépenses horticoles des ménages, selon l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI). Les besoins annuels atteignent 800 000 tonnes, une demande tirée par les grands centres urbains — Accra, Kumasi, Takoradi.

Or, la production locale peine à suivre. Le Burkina Faso, fortement compétitif, comble ce déficit grâce à des rendements plus élevés. Un rapport du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO-OCDE) indique qu’en saison creuse, jusqu’à 90 % des tomates vendues à Tamale, dans le nord du Ghana, proviennent du Burkina Faso.

« Sans commerce intra-régional, les effets de la saisonnalité et des chocs de production auraient un impact direct sur la disponibilité et les prix alimentaires », souligne le CSAO.

Des volumes massivement sous-déclarés

Les données officielles donnent une image incomplète de cette dépendance. L’Observatoire pour la complexité économique évalue les importations ghanéennes en provenance du Burkina Faso à 22,2 millions USD en 2024. Mais ces chiffres seraient très largement sous-estimés.

Le CSAO estime que :

  • les importations officiellement enregistrées s’élevaient à 1 700 tonnes en 2022 ;
  • les importations réelles atteindraient 100 000 tonnes, selon l’Association nationale des commerçants et transporteurs de tomates ;
  • la valeur réelle du marché des importations atteindrait 196 millions USD, soit six fois plus que toutes les importations intra-régionales déclarées de tomates en Afrique de l’Ouest.

Cette opacité statistique illustre le poids économique d’une filière qui repose largement sur des flux commerciaux informels et transfrontaliers.

Un signal d’alerte pour le gouvernement

La suspension survient alors que les autorités ghanéennes affichent l’ambition de réduire la dépendance aux importations. Le 18 février, le vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture, John Dumelo, a annoncé un objectif de production de 200 000 à 300 000 tonnes de tomates supplémentaires d’ici 2 à 3 ans, notamment durant la saison sèche.

Pour Accra, le défi est de taille. Le marché interne reste structurellement dépendant du Burkina Faso, tandis que la demande continue de croître dans les métropoles. À court terme, la suspension des importations pourrait donc raviver la volatilité des prix, mettant à l’épreuve les ménages et des chaînes d’approvisionnement déjà fragiles.

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