Ghana : un objectif ambitieux de 70 % de couverture 5G d’ici 2027, malgré un déploiement toujours retardé

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Alors que l’Afrique accélère l’adoption de la 5G — 48 opérateurs actifs dans 21 pays à mi-2025 selon l’Agence Ecofin — le Ghana, lui, affiche une ambition singulièrement élevée : atteindre 70 % de couverture nationale d’ici mars 2027. Une perspective audacieuse, annoncée alors même que la technologie n’est pas encore commercialisée dans le pays.

La déclaration a été faite le mercredi 25 février par Sam Nartey George, ministre des Communications, des Technologies numériques et de l’Innovation, lors du 30ᵉ anniversaire de la National Communications Authority (NCA). Ce cap symbolique est aligné sur le 70ᵉ anniversaire de l’indépendance, célébré en mars 2027.

Un défi technique et financier majeur

Le ministre a reconnu l’ampleur du défi — un déploiement national en seulement un an dès l’activation du service — tout en affirmant sa confiance dans les capacités du régulateur. Les investissements requis sont colossaux :

  • selon Ericsson, le coût de base de la mise en place d’un réseau 5G varie entre 3 et 8 milliards USD par pays,
  • auxquels s’ajoutent 20 à 35 % supplémentaires pour atteindre une couverture large.

Le Ghana devra donc mobiliser des capitaux importants, renforcer la fibre optique, densifier les sites et assurer la disponibilité du spectre.

Une bascule stratégique : du réseau neutre au modèle hybride

Le gouvernement opte désormais pour une approche hybride.
Jusqu’ici, le pays avait soutenu la création d’un réseau unique et partagé, via Next-Gen InfraCo (NGIC), détenteur depuis mai 2024 d’une licence exclusive de dix ans. Ce modèle devait garantir une couverture rapide, y compris dans les zones rurales, et éviter un déploiement concentré autour d’Accra.

Mais les retards répétés ont poussé l’exécutif à revoir sa stratégie.
Sam George a annoncé :

« Le mandat d’exclusivité est retiré. Le spectre 5G sera désormais attribué par appel d’offres concurrentiel. »

Ainsi, les opérateurs pourront acquérir leurs propres licences, tout en conservant la possibilité de s’appuyer sur l’infrastructure NGIC.

Des retards qui fragilisent la crédibilité du projet

La 5G ghanéenne devait initialement être lancée en septembre 2024, puis en décembre, avant d’être reportée à janvier, mai puis juin 2025.
Un événement de lancement a bien eu lieu en novembre 2024… mais sans activation commerciale.

Face à cette situation, le gouvernement a fixé un ultimatum :

  • NGIC doit déployer au moins 50 sites 5G à Accra et Kumasi avant fin 2025,
  • contre 16 sites seulement recensés en juillet 2025.
    En cas de non-respect, une renégociation immédiate de la licence est prévue.

Vers une activation commerciale fin 2026 ?

Selon le directeur général de la NCA, Edmund Yirenkyi Fianko, la 5G devrait finalement être accessible aux Ghanéens d’ici fin 2026.
Il assure que NGIC a bouclé le déploiement technique à Accra et s’apprête à connecter les opérateurs pour permettre la fourniture du service aux abonnés — dernière étape avant l’ouverture commerciale.

Entre ambition politique et réalité opérationnelle

L’objectif de 70 % de couverture d’ici 2027 reflète une volonté politique forte : faire de la 5G un moteur du développement numérique, renforcer la compétitivité des entreprises et soutenir l’innovation dans l’industrie, la santé ou l’éducation.

Mais la trajectoire reste incertaine. Le Ghana devra concilier :

  • un retard accumulé,
  • un changement de gouvernance du spectre,
  • des besoins de financement massifs,
  • et une coordination étroite entre opérateurs, autorités et NGIC.

La question centrale demeure : la 5G commerciale sera-t-elle suffisamment déployée en 2026 pour ouvrir la voie à l’objectif ambitieux de 2027 ?
Le pays n’a désormais plus beaucoup de marge de manœuvre.

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