La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a annoncé, dimanche 1ᵉʳ mars, avoir engagé le processus conduisant à la création d’une bourse nationale de valeurs mobilières, un chantier structurant longtemps attendu dans le paysage financier guinéen.
Ce projet, qui s’inscrit dans la continuité des travaux initiés en décembre 2022 lors d’un atelier consacré à la révision de la loi sur le marché des valeurs mobilières, vise à doter le pays d’un marché financier moderne, capable de mobiliser l’épargne domestique et d’offrir de nouveaux instruments de financement en monnaie locale.
Un futur marché pour financer entreprises et État en monnaie locale
Selon la BCRG, la future bourse permettra aux entreprises guinéennes d’accéder à des ressources longues via l’émission d’actions ou d’obligations, tandis que l’État pourra y lever des financements pour ses programmes d’investissement, sans s’exposer au risque de change.
L’ambition est claire : créer un marché domestique capable de soutenir une croissance endogène, d’attirer les investisseurs nationaux et internationaux et de moderniser l’architecture du financement de l’économie.
Réformer le cadre légal pour attirer les investisseurs
Le projet s’appuie sur une réforme d’envergure du cadre législatif et institutionnel.
Les travaux menés en 2022 avaient mis en évidence les limites du dispositif existant – notamment la loi de 1997 sur l’industrie des titres et l’instruction de 2015 sur l’appel public à l’épargne – jugés insuffisants pour permettre l’émergence d’un marché boursier opérationnel.
Avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), la Banque centrale a lancé la modernisation du cadre réglementaire. Un consultant a été recruté pour :
- adapter la législation aux standards internationaux,
- encadrer l’appel public à l’épargne,
- définir les règles de supervision du marché,
- préparer l’introduction de nouveaux instruments financiers,
- renforcer la sécurité juridique des opérations.
L’objectif affiché est d’instaurer un environnement réglementaire robuste, conforme aux meilleures pratiques africaines et internationales, afin de restaurer la confiance et d’attirer les investisseurs.
Un projet ancien, longtemps contrarié par l’instabilité macroéconomique
L’idée d’une bourse en Guinée n’est pas nouvelle.
Dès 1997, la « Bourse des valeurs de Conakry » avait été envisagée et un cadre juridique avait été adopté. Mais le projet n’avait jamais abouti. À l’époque :
- la croissance stagnait,
- la politique budgétaire était expansionniste,
- la masse monétaire augmentait rapidement,
- l’inflation et la volatilité macroéconomique limitaient la confiance du secteur privé.
Faute de conditions favorables, l’initiative avait été abandonnée.
Un retour du projet dans un contexte économique plus favorable
Près de trente ans plus tard, les autorités relancent le chantier dans un environnement profondément transformé, marqué par :
- des réformes de gestion des ressources publiques,
- une politique monétaire et de change plus encadrée,
- une volonté politique affirmée de moderniser le système financier.
La création d’une bourse nationale apparaît désormais comme une étape stratégique dans la construction d’un écosystème financier diversifié, capable de soutenir l’investissement productif, de renforcer la résilience économique et d’ouvrir de nouveaux débouchés pour les entreprises guinéennes.




