La Commission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a lancé, mardi 3 mars 2026 à Abidjan, une consultation régionale consacrée à l’avenir du commerce, de l’intégration économique et du développement durable en Afrique de l’Ouest. La rencontre, qui se déroule jusqu’au vendredi 6 mars, constitue une étape préparatoire au Sommet spécial sur l’avenir de l’organisation.
L’objectif de ces échanges est de recueillir les contributions des États membres, du secteur privé et de la société civile afin de nourrir la réflexion sur les défis de gouvernance, de sécurité et de transformation économique auxquels la région est confrontée.
Dès l’ouverture des travaux, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de rendre l’intégration régionale plus concrète et plus inclusive. Représentant le Réseau des organisations paysannes et de producteurs d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), Cheikh Moumouni Sissoko a rappelé le rôle central du monde agricole dans les économies de la région. Selon lui, « les paysans constituent le premier secteur privé de l’Afrique de l’Ouest », soulignant que les producteurs agricoles assurent « 85 % des investissements productifs, prennent 100 % des risques et génèrent près de 60 % des emplois ».
Il a appelé à une meilleure reconnaissance des organisations paysannes dans les politiques régionales, tout en insistant sur la nécessité de préserver les ressources naturelles, d’intégrer les enjeux environnementaux dans les stratégies communautaires et de renforcer la sensibilisation au projet d’intégration régionale, notamment à travers l’enseignement dans les écoles.
De son côté, le ministre ivoirien délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, a salué « cinquante ans d’un espace de liberté et de solidarité dont la région peut être fière ». Il a toutefois relevé les limites persistantes du processus d’intégration, en particulier la faiblesse du commerce intrarégional, qui ne représente actuellement que 5 à 7 % des échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest.
Face à cette situation, il a proposé un agenda visant à porter le commerce intrarégional à 10 % d’ici 2028 et à 15 % à l’horizon 2030, en s’attaquant notamment aux barrières non tarifaires et à la forte dépendance des économies ouest-africaines aux matières premières.
La vice-présidente du Parlement de la CEDEAO, Adjaratou Traoré, a pour sa part estimé que l’intégration régionale « ne peut rester une affaire technique ». Selon elle, celle-ci doit se traduire par des améliorations tangibles dans la vie quotidienne des populations. Elle a plaidé pour un renforcement du Parlement communautaire, afin qu’il puisse disposer de véritables compétences législatives et jouer pleinement son rôle dans la consolidation de l’espace régional.
Malgré les progrès enregistrés dans des domaines tels que la libre circulation des personnes et la coopération en matière de paix et de sécurité, le commerce intrarégional reste inférieur à 15 %, tandis que les économies ouest-africaines demeurent fortement exposées aux chocs extérieurs.
Au cœur des discussions figure également la Vision 2050 de la CEDEAO, qui ambitionne de bâtir une région pacifique, prospère et pleinement intégrée, capable de renforcer ses échanges internes, de diversifier ses économies et de soutenir un développement durable au bénéfice de ses populations.




