En Afrique de l’Ouest, le riz s’est imposé comme un pilier de la sécurité alimentaire, au cœur des habitudes de consommation de millions de ménages. Pourtant, malgré une production en hausse et des investissements croissants, la filière peine encore à atteindre son plein potentiel économique.
Une céréale au cœur des dynamiques alimentaires
Consommé quotidiennement dans des plats emblématiques comme le thiéboudiène ou le riz jollof, le riz bénéficie d’atouts décisifs : facilité de préparation, bonne conservation et accessibilité économique. Ces caractéristiques expliquent sa progression rapide, notamment dans les zones urbaines où les modes de vie évoluent.
Aujourd’hui, la région consomme près de 20 millions de tonnes de riz par an, ce qui en fait le plus grand marché du continent. Dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, la consommation annuelle dépasse 80 kg par habitant, illustrant l’ancrage durable de cette céréale dans les régimes alimentaires.
Une production en hausse mais encore insuffisamment valorisée
Face à cette demande dynamique, les pays ouest-africains ont intensifié leurs efforts au cours des deux dernières décennies. La production régionale atteint désormais environ 17 millions de tonnes de riz blanchi, soit près des deux tiers de la production subsaharienne.
Des progrès significatifs sont observés dans plusieurs pays. Le Mali couvre près de 80 % de ses besoins, tandis que le Nigeria a fortement développé ses capacités de transformation, passant de 350 000 tonnes en 2015 à plus de 3 millions de tonnes quelques années plus tard.
Cependant, ces avancées restent incomplètes. Les chaînes de valeur demeurent fragmentées, avec des acteurs — producteurs, transformateurs, commerçants — souvent peu connectés entre eux. Cette désorganisation limite la compétitivité du riz local face aux importations, souvent mieux calibrées et plus attractives pour les consommateurs.
Un défi d’intégration de la chaîne de valeur
Le principal enjeu réside désormais dans la structuration de l’ensemble du système. De nombreuses rizeries manquent d’équipements adaptés (séchage, tri, stockage), tandis que les unités modernes peinent à sécuriser un approvisionnement régulier en paddy de qualité.
Cette déconnexion entre l’amont et l’aval crée une incertitude permanente et freine les investissements. Elle souligne la nécessité d’une approche plus intégrée, couvrant l’ensemble de la chaîne, des intrants agricoles jusqu’à la commercialisation.
Vers une approche systémique et coordonnée
Face à ces défis, des initiatives régionales émergent. L’Observatoire du riz de la CEDEAO (ERO) joue un rôle croissant de coordination, en facilitant le dialogue entre acteurs et en appuyant l’élaboration de politiques cohérentes.
Parallèlement, des programmes comme REWARD–AfricaRice, soutenu par la Banque africaine de développement, visent à renforcer la résilience des chaînes de valeur face aux chocs climatiques et économiques.
Le financement, principal goulot d’étranglement
Au-delà des aspects techniques, le financement apparaît comme un levier déterminant. Les acteurs de la filière font face à des conditions de crédit inadaptées : taux d’intérêt élevés, maturités courtes et exigences de garanties contraignantes.
Pour y remédier, un mécanisme de financement mixte d’environ 500 millions de dollars est en cours de structuration, mobilisant des partenaires tels que la Banque mondiale, Ecobank ou encore la Fondation Gates. L’objectif est d’utiliser des fonds publics pour réduire le risque et attirer davantage de capitaux privés vers les segments clés de la chaîne.
Une filière à un tournant stratégique
La filière rizicole ouest-africaine se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Si les bases d’une montée en puissance sont posées, son développement dépendra de sa capacité à dépasser les approches fragmentées pour adopter une vision intégrée et structurée.
À cette condition, le riz pourrait non seulement renforcer la sécurité alimentaire de la région, mais aussi devenir un véritable moteur de croissance agricole et industrielle.
Y.H.




