Côte d’Ivoire : Resolute Mining contrainte de retirer son étude sur le projet aurifère ABC après l’intervention du régulateur australien

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Le producteur aurifère australien Resolute Mining, déjà actif au Mali et au Sénégal, voit l’un de ses projets ivoiriens confronté à un revers réglementaire. Alors que la construction de la mine de Doropo se poursuit en Côte d’Ivoire, la société a dû retirer l’étude économique préliminaire publiée sur son second actif aurifère, ABC.

Jeudi 14 mai, Resolute Mining a annoncé le retrait de l’étude publiée la veille sur le projet ABC, à la demande de l’ASX, la Bourse australienne où la compagnie est cotée. Le régulateur a estimé que l’entreprise ne disposait pas d’une base suffisamment solide pour justifier les projections avancées dans le document.

Dans l’attente d’une clarification, la société a également sollicité une suspension volontaire de la cotation de son action.

Des projections jugées trop fragiles

L’étude retirée présentait ABC comme un projet particulièrement attractif sur le papier. Elle évoquait une production moyenne de 141 000 onces d’or par an sur 12 ans, pour un investissement initial estimé à 648 millions USD.

Sur la base d’un prix de l’or fixé à 4 750 USD l’once, le projet affichait :

  • une valeur actuelle nette (VAN) après impôts de 2,3 milliards USD ;
  • un taux de rendement interne (TRI) de 63 % ;
  • une estimation de ressources de 2,16 millions d’onces d’or.

Mais ces projections ont été jugées non conformes aux règles de divulgation imposées aux sociétés minières cotées en Australie.

L’ASX a explicitement demandé aux investisseurs de ne pas utiliser ces données comme base de décision d’investissement.

Le problème des ressources inférées

Le point central du dossier concerne la qualité géologique des ressources utilisées.

Les projections économiques de Resolute reposaient exclusivement sur des ressources inférées, la catégorie la plus incertaine dans la classification minière internationale.

Selon le code australien JORC, qui encadre la communication des ressources minières :

  • les ressources inférées reposent sur des indices géologiques encore insuffisamment validés ;
  • les ressources indiquées offrent un niveau de confiance supérieur ;
  • les ressources mesurées constituent le niveau de certitude le plus élevé.

Autrement dit, une ressource inférée suggère un potentiel, mais pas une base robuste pour construire des hypothèses financières détaillées.

Or, les règles de l’ASX interdisent précisément aux sociétés cotées de bâtir des objectifs de production ou des projections économiques ambitieuses sur ce seul niveau de confiance, sauf justification technique solide.

C’est cette démonstration que Resolute n’a manifestement pas été en mesure d’apporter.

Un revers réglementaire, pas un abandon stratégique

Cet épisode ne remet toutefois pas en cause la stratégie ivoirienne du groupe.

Resolute a déjà franchi une étape beaucoup plus avancée sur Doropo, autre projet acquis auprès d’AngloGold Ashanti.

En mars 2026, la compagnie y a pris une décision finale d’investissement (FID) et lancé la construction, avec une entrée en production attendue en 2028.

Cette trajectoire s’inscrit dans un objectif plus large : porter la production globale du groupe à 500 000 onces par an d’ici fin 2028, contre 277 236 onces en 2025, grâce à ses mines de Syama (Mali) et Mako (Sénégal).

Un calendrier désormais rallongé pour ABC

Pour ABC, en revanche, le calendrier devra être revu.

Avant toute nouvelle publication économique, la compagnie devra renforcer considérablement la base technique du projet à travers :

  • de nouveaux forages ;
  • des campagnes d’échantillonnage supplémentaires ;
  • une meilleure modélisation de la continuité du gisement ;
  • une conversion progressive des ressources inférées vers des catégories plus fiables.

Ce n’est qu’après ce travail qu’une nouvelle étude conforme aux exigences réglementaires pourra être envisagée.

L’étude de faisabilité définitive initialement espérée d’ici fin 2027 semble désormais plus lointaine.

Pour la Côte d’Ivoire, qui ambitionne d’atteindre 100 tonnes d’or par an dans la prochaine décennie, l’incident ne remet pas en cause le potentiel du projet, mais rappelle qu’entre promesse géologique et mine opérationnelle, le passage réglementaire reste un filtre déterminant.

Y.H.

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