Le Togo cherche à accélérer la transformation du Port autonome de Lomé pour consolider son rôle de hub logistique régional. Dans cette dynamique, l’Allemagne affiche sa disponibilité pour accompagner les futurs projets de modernisation de l’infrastructure portuaire.
En visite sur la plateforme portuaire le 12 mai 2026, Serap Güler, ministre adjointe allemande auprès du ministre des Affaires étrangères, a échangé avec le ministre togolais de l’Économie maritime, Edem Kokou Tengue, sur les perspectives de coopération entre les deux pays autour du développement du port.
À cette occasion, les autorités togolaises ont réaffirmé leur ambition de faire du Port de Lomé une infrastructure de nouvelle génération. « Notre ambition est claire : faire du Port autonome de Lomé un port de classe mondiale, connecté, intelligent, résilient et résolument engagé dans la transition écologique », a déclaré Edem Kokou Tengue, soulignant le rôle stratégique que pourrait jouer l’expertise allemande dans cette transformation.
Une coopération au-delà des infrastructures
Les discussions n’ont pas porté uniquement sur la modernisation physique des installations portuaires.
Le Togo a également sollicité un appui renforcé de Berlin sur des enjeux sécuritaires et stratégiques, notamment :
- la lutte contre la piraterie maritime dans le golfe de Guinée ;
- la lutte contre les trafics illicites ;
- le développement d’une économie bleue durable ;
- le renforcement de la résilience logistique régionale.
Ces axes s’inscrivent dans le prolongement de la Charte de Lomé adoptée en 2016, qui ambitionne de structurer une réponse africaine aux enjeux de sûreté maritime.
Un actif logistique majeur en Afrique de l’Ouest
Le Port autonome de Lomé occupe une place stratégique dans le paysage logistique régional.
En 2024, la plateforme a traité :
- plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises ;
- près de 2 millions de conteneurs.
Ces performances lui permettent de se positionner comme le premier port à conteneurs d’Afrique subsaharienne francophone, selon Lloyd’s List.
Son avantage concurrentiel repose notamment sur son statut de seul port naturel en eau profonde de la façade ouest-africaine, lui permettant d’accueillir les plus grands navires commerciaux en activité.
Le port dessert un hinterland de plus de 80 millions de consommateurs, incluant notamment :
- le Burkina Faso ;
- le Mali ;
- le Niger.
Grâce à ses infrastructures diversifiées (conteneurs, hydrocarbures, vrac, minéraux, pêche), Lomé s’est imposé comme un nœud logistique majeur entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Une relation historique avec l’Allemagne
Cette coopération s’inscrit aussi dans une continuité historique.
Le port en eau profonde de Lomé, inauguré en 1968, porte une forte empreinte allemande :
- conception assurée par des bureaux d’études allemands ;
- financement à plus de 70 % par la KfW ;
- construction pilotée par un consortium conduit par Hochtief AG.
Près de soixante ans plus tard, les autorités togolaises veulent prolonger cet héritage.
Pour Edem Kokou Tengue, cette relation dépasse le simple cadre économique : le port reste l’un des symboles les plus concrets de la coopération germano-togolaise.
Cap sur le port intelligent
Au-delà du narratif diplomatique, le véritable enjeu sera la concrétisation de cette coopération.
Les priorités probables concernent :
- digitalisation des opérations portuaires ;
- automatisation logistique ;
- décarbonation des activités ;
- cybersécurité portuaire ;
- sécurité maritime régionale.
Dans un contexte où la compétition entre hubs portuaires ouest-africains s’intensifie, entre Abidjan, Tema, Lagos et Dakar, la capacité du Port de Lomé à monter en gamme technologiquement sera déterminante pour préserver son avantage régional.
A.S.




