Ghana : Accra veut capter jusqu’à 30 % de la production aurifère pour renforcer ses réserves nationales

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Premier producteur d’or du continent, le Ghana intensifie sa stratégie de mobilisation de son métal précieux pour consolider ses réserves de change et renforcer sa résilience macroéconomique. Le gouvernement envisage désormais de porter à 30 % la part de production annuelle que les compagnies minières industrielles devront céder à la Banque centrale, contre 20 % actuellement.

Révélée par Reuters et confirmée par des responsables de la Banque centrale, cette orientation marque une nouvelle étape dans la politique engagée depuis 2022, à la suite de la grave crise économique ayant fragilisé la monnaie nationale et les finances publiques. À travers ce mécanisme, Accra cherche à accumuler davantage d’or sans recourir systématiquement à l’endettement extérieur.

En parallèle, les autorités renforcent leur contrôle sur la filière artisanale. Le Ghana Gold Board (GoldBod), structure publique créée pour mieux encadrer l’achat et la commercialisation de l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle, maintient son objectif d’acquisition de 2,45 tonnes d’or par semaine auprès des petits producteurs. Cette stratégie vise à réduire la contrebande, historiquement importante dans ce segment, tout en augmentant les flux d’or orientés vers les circuits officiels.

L’ensemble de ces mesures s’inscrit dans le cadre du Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Policy (GANRAP), adopté en février, qui fixe un objectif ambitieux : porter les réserves d’or de la Banque centrale à 157 tonnes d’ici 2028, soit l’équivalent de 15 mois de couverture des importations, contre seulement 5,7 mois à fin 2025.

Pour les autorités, l’or constitue un levier stratégique de stabilisation économique. En renforçant ses réserves, le Ghana cherche à mieux soutenir sa monnaie, sécuriser ses importations critiques et réduire sa vulnérabilité face aux chocs externes.

Mais plusieurs obstacles demeurent. Dans le segment industriel, les discussions portent notamment sur les conditions financières des achats. Selon la Chambre des mines, les autorités envisageraient un rabais d’environ 1 % sur le prix d’achat de l’or, une proposition encore à l’étude. Surtout, la participation des compagnies minières reste en deçà des attentes : sur une production d’environ 100 tonnes en 2025, seulement 10 tonnes auraient été effectivement livrées à la Banque centrale, bien loin de l’objectif initial de 20 %.

Dans un contexte de prix élevés de l’or et de réformes fiscales touchant déjà le secteur minier, la capacité du Ghana à embarquer durablement les grands producteurs dans cette stratégie sera déterminante.

A.S.

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