Le Sénégal durcit le ton dans sa volonté de rééquilibrer ses contrats pétroliers et gaziers. Les autorités envisagent désormais un recours à l’arbitrage international dans leurs différends avec BP et Woodside Energy, les deux principaux opérateurs du pays dans les hydrocarbures.
L’annonce a été faite par Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz, en marge de l’Africa CEO Forum à Kigali. Cette évolution s’inscrit dans la dynamique lancée en mars par le Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait engagé une revue des contrats stratégiques du secteur extractif, dénonçant certains accords jugés défavorables aux intérêts du Sénégal.
Le contentieux avec Woodside Energy est déjà bien avancé. L’opérateur australien, actif sur le champ pétrolier de Sangomar, a saisi en mai 2025 le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements) pour contester un redressement fiscal de 41 milliards FCFA (68 millions de dollars) imposé par l’administration sénégalaise. La compagnie estime que ce litige porte principalement sur une exonération fiscale applicable durant la phase de développement du projet.
La procédure arbitrale suit désormais son cours. Le tribunal a été constitué en janvier 2026, une première audience procédurale s’est tenue en mars, et les échanges de mémoires entre les parties doivent désormais s’ouvrir.
Le dossier BP se situe à un stade moins avancé, mais politiquement plus sensible. En mars dernier, Ousmane Sonko avait publiquement qualifié le contrat du projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA) d’« unilatéral » et d’« injuste ». Ces critiques s’appuient sur un audit réalisé par Mazars, selon lequel une part importante des coûts déclarés par BP dans le cadre du mécanisme de récupération des coûts ne serait pas conforme aux dispositions contractuelles.
Sur les 4,1 milliards de dollars de coûts récupérables déclarés par le groupe britannique, l’audit aurait identifié 2,8 milliards de dollars de coûts non récupérables, ainsi que 1,8 milliard insuffisamment documentés. À ce stade, aucune procédure arbitrale n’a encore été engagée, mais l’option reste clairement sur la table.
L’enjeu dépasse largement les litiges contractuels. Le projet GTA représente un potentiel estimé entre 30 et 40 milliards de dollars de revenus sur vingt ans, mais selon les autorités sénégalaises, la part captée par l’État resterait insuffisante au regard des ressources mobilisées.
Dans un contexte de forte pression budgétaire — avec une dette publique estimée à 132 % du PIB fin 2024 selon le FMI — la renégociation des contrats extractifs est désormais présentée par Dakar comme un enjeu central de souveraineté économique et de justice contractuelle.
B.S.




