La Guinée accélère le renforcement de ses infrastructures numériques pour accompagner la croissance rapide de la demande en connectivité. Le pays a officiellement porté la capacité de sa dorsale nationale de fibre optique de 200 Gb/s à 400 Gb/s, marquant une nouvelle étape dans sa stratégie de modernisation des télécommunications.
L’annonce a été faite le 20 mai par la Société de gestion et d’exploitation du backbone national (SOGEB), qui a conduit cette montée en puissance avec l’appui technique du groupe technologique chinois Huawei.
Cette nouvelle augmentation intervient moins de 18 mois après une première extension qui avait déjà fait passer la capacité du réseau de 50 Gb/s à 200 Gb/s en décembre 2024. Au total, la capacité du backbone guinéen a ainsi progressé de 700 % sur la période, illustrant l’intensification des investissements dans l’infrastructure numérique nationale.
Une réponse à l’explosion de la demande
Cette montée en capacité répond à une pression croissante sur les réseaux, portée par l’essor des usages numériques dans le pays.
Selon les données du régulateur télécoms, le trafic Internet mobile en Guinée est passé de 23,98 millions de gigaoctets au deuxième trimestre 2021 à 118,86 millions de Go au deuxième trimestre 2025, soit une multiplication par près de cinq en quatre ans.
Sur la même période, le nombre d’abonnés à l’Internet mobile a progressé de 6,6 millions à 8,3 millions. Malgré cette dynamique, le potentiel de croissance reste important : selon l’Union internationale des télécommunications, le taux de pénétration d’Internet atteignait seulement 33,3 % en 2024.
Dans ce contexte, l’augmentation de la capacité du backbone vise à réduire la congestion du réseau, améliorer la fluidité du trafic et renforcer la qualité globale du service, notamment lors des pics d’utilisation.
Pour la SOGEB, cette évolution doit permettre d’améliorer les communications interurbaines et de soutenir le désenclavement numérique du territoire.
Une infrastructure stratégique pour la transformation numérique
Au-delà de la simple performance réseau, ce type d’investissement constitue un levier structurant pour la transformation numérique du pays.
Une dorsale nationale plus robuste améliore les conditions techniques nécessaires au développement des services numériques, qu’il s’agisse des services financiers digitaux, du e-commerce, des plateformes de contenus, du télétravail ou encore de la digitalisation des services publics.
Pour les entreprises, une meilleure connectivité réduit les interruptions, améliore la productivité et facilite l’intégration aux chaînes de valeur numériques.
Les autorités visent désormais une capacité de 600 Gb/s sur l’ensemble du backbone d’ici la fin de l’année, signe que cette phase d’investissement n’est pas achevée.
Le défi du dernier kilomètre
Si le backbone gagne en puissance, le principal défi reste celui de l’accès effectif des utilisateurs finaux.
Le renforcement de l’ossature nationale ne garantit pas à lui seul une amélioration généralisée de l’expérience utilisateur, en particulier dans les zones rurales et périurbaines, où les infrastructures d’accès — le « dernier kilomètre » — restent insuffisamment développées.
Le coût du déploiement, la faible densité de certaines zones, les contraintes de maintenance et la disponibilité des équipements continuent de freiner l’extension réelle de la couverture.
À cela s’ajoute la question de la sécurisation physique des infrastructures télécoms. Comme dans plusieurs marchés africains, les actes de vandalisme, vols de câbles et dégradations d’équipements techniques constituent un risque opérationnel récurrent.
Pour la Guinée, le renforcement du backbone constitue donc une avancée importante, mais non suffisante. La transformation de cette capacité technique en accès concret, abordable et fiable pour les ménages et les entreprises reste l’enjeu central.
E.N.




