Burkina Faso : Ouagadougou rouvre sous conditions les exportations d’amandes de karité

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Le Burkina Faso ajuste sa stratégie de gouvernance de la filière karité. Le gouvernement a annoncé, le 22 mai, la levée de la suspension temporaire des exportations d’amandes de karité en vigueur depuis septembre 2024, tout en maintenant un encadrement strict des flux sortants.

La décision, officialisée dans un communiqué conjoint des ministères en charge de l’Industrie et des Finances, intervient après que les autorités ont jugé satisfaisant le niveau d’approvisionnement des unités locales de transformation pour la campagne de commercialisation 2025-2026.

L’interdiction initiale s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à favoriser la transformation locale, en réservant prioritairement la matière première aux industriels nationaux.

Une reprise encadrée

La réouverture des exportations ne signifie pas un retour à une libéralisation complète du commerce.

Les opérateurs devront désormais obtenir une Autorisation spéciale d’exportation (ASE) pour expédier leurs cargaisons hors du pays.

Parmi les nouvelles conditions imposées, tout exportateur devra céder au moins 25 % des volumes destinés à l’exportation aux unités nationales de transformation encore en demande. Cette obligation devra être justifiée par des contrats fermes et des preuves de livraison.

En parallèle, l’État instaure une redevance de 200 FCFA par kilogramme exporté, une mesure qui combine objectif budgétaire et volonté de mieux encadrer la commercialisation de cette matière première stratégique.

Arbitrage entre industrialisation et recettes d’exportation

Cette inflexion illustre les arbitrages auxquels fait face Ouagadougou dans la gestion de la filière.

Le Burkina Faso cherche d’un côté à accélérer l’industrialisation locale et à capter davantage de valeur ajoutée à travers la transformation des amandes en beurre de karité ou en ingrédients destinés aux industries cosmétique et agroalimentaire.

De l’autre, le maintien d’une fermeture prolongée des exportations aurait pu fragiliser les revenus des exportateurs et encourager le développement de circuits informels, alors que les marchés internationaux offrent souvent des prix plus attractifs que le marché domestique.

Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), le Burkina Faso a exporté en moyenne 124 287 tonnes d’amandes de karité par an entre 2020 et 2024, générant 29,55 milliards FCFA de recettes annuelles, faisant du karité l’un des principaux produits agricoles d’exportation du pays après le coton et l’anacarde.

Une rupture dans la dynamique régionale

Cette décision tranche avec la tendance observée dans le reste du bassin ouest-africain, principal centre mondial de production de karité.

Depuis 2024, plusieurs grands producteurs ont renforcé les restrictions sur les exportations d’amandes afin de stimuler la transformation locale.

Le Mali a suspendu ses exportations en octobre 2024. La Côte d’Ivoire et le Togo ont suivi respectivement en janvier et avril 2025. Le Nigeria, premier fournisseur mondial, applique également une politique restrictive depuis août 2025, tandis que le Ghana envisage une mesure similaire d’ici fin 2026.

Le Burkina Faso adopte ainsi une approche intermédiaire : maintenir la priorité à la transformation nationale tout en rouvrant partiellement l’accès aux marchés extérieurs.

Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités à contenir les flux informels, garantir un approvisionnement effectif des industriels locaux et préserver la compétitivité de la filière sur les marchés internationaux.

Y.H.

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