Bénin : Aristide Medenou aux Finances, le choix de la continuité sous surveillance des marchés

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En confiant le ministère de l’Économie et des Finances à Aristide Medenou, le nouveau président béninois Romuald Wadagni envoie un signal de continuité aux investisseurs, tout en resserrant le pilotage de l’appareil économique autour d’un cercle de technocrates déjà au cœur de la gouvernance financière du pays.

Par décret signé le 24 mai, jour de son investiture, le chef de l’État a nommé Aristide Medenou à la tête d’un superministère élargi à la Coopération. Il succède à Romuald Wadagni lui-même, qui occupait ce portefeuille depuis 2016 et incarnait l’architecture financière du Bénin sous Patrice Talon.

Un profil calibré pour rassurer les bailleurs

Le nouveau ministre n’est pas un inconnu du système économique béninois. Économiste passé par le Fonds monétaire international (FMI) à Washington, Aristide Medenou a occupé plusieurs fonctions stratégiques au sein du ministère des Finances, notamment comme directeur général des Affaires économiques entre 2014 et 2022, avant de revenir à Cotonou en 2024 pour reprendre la direction générale de l’Économie.

Ces derniers mois, il pilotait déjà les échanges techniques avec les partenaires financiers internationaux.

Son nom reste associé à l’une des opérations les plus emblématiques du Bénin sur les marchés internationaux : l’émission en 2021 du premier eurobond souverain africain indexé sur les Objectifs de développement durable (ODD), d’un montant de 500 millions d’euros.

Ingénieur statisticien économiste formé à l’ENSEA d’Abidjan, titulaire d’un doctorat en économie de l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis et d’un master en administration publique de l’American University à Washington, Medenou incarne un profil technocratique familier des bailleurs comme des marchés.

Une garde rapprochée issue du même sérail

Au-delà de cette nomination, le nouveau pouvoir consolide un noyau dur de cadres issus de l’appareil économique construit ces dix dernières années.

Trois ministres délégués ont été placés sous l’autorité du nouveau patron des Finances. Nicolas Yenoussi, jusque-là directeur général des Impôts, prend en charge les Finances et la Microfinance. Hugues Oscar Lokossou, ancien responsable de la Caisse autonome de gestion de la dette, hérite de la mobilisation des ressources extérieures et de la gestion de la dette. Rodrigue Chaou, ex-directeur général du Budget, conserve un rôle central sur les questions budgétaires et administratives.

Cette configuration traduit moins une rupture qu’un approfondissement du modèle précédent : continuité doctrinale, mais exécution davantage centralisée.

FMI, dette et sécurité : les premiers tests

Le contexte macroéconomique demeure globalement favorable. Le FMI anticipe une croissance d’environ 7,5 % en 2025, maintenant le Bénin parmi les économies les plus dynamiques de l’UEMOA.

Le déficit budgétaire a été ramené à 3,1 % du PIB en 2024, tandis que le programme conclu avec le FMI en 2022 a été mené à son terme, avec un appui cumulé de près de 665 millions de dollars.

Mais plusieurs défis immédiats attendent Aristide Medenou.

La dette publique a été réévaluée à 60,5 % du PIB à fin 2024, un niveau encore soutenable mais surveillé dans un contexte de coûts de financement élevés. Le nord du pays reste exposé à la menace sécuritaire sahélienne, avec des implications budgétaires croissantes.

À cela s’ajoute l’enjeu diplomatique et commercial de la relation avec le Niger. Une éventuelle réouverture de la frontière pourrait alléger certaines pressions économiques et relancer des flux régionaux importants pour Cotonou.

Le pari du « bon élève » régional

Les premiers dossiers seront lourds : préparation d’une loi de finances rectificative 2026, négociation d’un nouveau programme avec le FMI et maintien de la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux.

Le message envoyé par Romuald Wadagni est clair : préserver l’image d’un Bénin discipliné sur le plan macroéconomique, réformateur et lisible pour les marchés.

Reste à savoir si cette continuité technocratique suffira à absorber les nouvelles tensions budgétaires, sécuritaires et régionales qui s’annoncent.

A.S.

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