Les exportations ivoiriennes d’amandes de cajou ont atteint 44 403 tonnes sur les cinq premiers mois de 2026, en hausse de 51 % par rapport à la même période un an plus tôt, selon les données publiées le 30 juin par le spécialiste en conseil agricole N’kalô. Un record qui positionne la Côte d’Ivoire au rang de second exportateur mondial d’amandes derrière le Vietnam — et seul membre du Top 4 à afficher une progression sur la période, avec une Europe qui reprend ses importations et un Moyen-Orient en retrait en raison des tensions régionales.
60 % des noix brutes absorbées par l’industrie nationale
Cette performance reflète une montée en régime de l’appareil industriel ivoirien. Le Conseil du Coton-Anacarde a réservé les mois de février et mars à l’approvisionnement exclusif des usines — une rupture avec les années précédentes où les exportations brutes étaient autorisées dès février. Les industriels en ont profité pour accumuler des volumes destinés à alimenter leurs lignes sur le reste de l’année. Résultat : les exportations de noix brutes ont chuté à 256 000 tonnes sur cinq mois, contre 390 000 tonnes un an plus tôt. La commercialisation intérieure aurait déjà dépassé le million de tonnes, dont plus de 60 % absorbés par l’industrie nationale, selon N’kalô.
En dix ans, le nombre d’unités de transformation opérationnelles est passé de 17 à 37, pour une capacité installée de 830 000 tonnes. Les incitations publiques ont joué leur rôle : prime à l’exportation de 400 FCFA par kilogramme d’amandes, exonération des droits de douane et de TVA sur les équipements industriels.
Le piège des amandes semi-finies vers le Vietnam
Derrière ces chiffres flatteurs, une tendance structurelle préoccupante se confirme. Le Vietnam a capté à lui seul près d’un tiers des ventes ivoiriennes d’amandes, avec un volume en hausse de 160 % à 14 410 tonnes — mais essentiellement sous forme d’amandes non dépelliculées (borma kernels), un produit semi-fini à faible valeur ajoutée. Hanoï achète ces amandes pour réaliser les dernières étapes de transformation — dépelliculage, tri, emballage — avant de les réexporter comme produit fini vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
Ce circuit reconstitue, sous une apparence différente, le même schéma de captation de valeur ajoutée qu’avec les exportations de noix brutes vers l’Inde. « Ce processus ne permet pas de construire une identité africaine pour les amandes, car elles arrivent en borma au Vietnam et repartent comme des amandes vietnamiennes vers d’autres destinations », confie à l’Agence Ecofin Jim Fitzpatrick, expert mondial du secteur. Faute de fonds de roulement suffisants pour financer la transformation complète, les industriels ivoiriens restent cantonnés aux segments à faibles marges, sans modifier la répartition de la valeur le long de la chaîne mondiale.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien de tonnes sont transformées en Côte d’Ivoire, mais à quel stade de la chaîne — et qui capte la valeur finale.
E.N.




