Cacao ivoirien : traçabilité obligatoire au 1er septembre, coalition africaine à 75 % de la production mondiale et objectif de 50 % de transformation locale

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À quelques semaines de l’ouverture de la campagne principale 2026/2027, la Côte d’Ivoire accélère sur trois fronts simultanés pour renforcer sa position dans la filière cacao mondiale : déploiement opérationnel du système de traçabilité, coordination renforcée avec les autres producteurs africains et montée en puissance de la transformation locale.

La carte producteur obligatoire dès le 1er septembre

Le Conseil du Café-Cacao multiplie depuis fin juillet les opérations de sensibilisation dans les zones de production — Divo, Facobly, Soubré — pour préparer l’entrée en vigueur obligatoire de la carte producteur au 1er septembre 2026. Ce document, qui centralise l’identité du planteur, ses parcelles et leur géolocalisation, constitue la pièce maîtresse du Système national de traçabilité (SNT) officiellement lancé le 12 juin.

À ce jour, plus d’un million de producteurs ont été recensés, près de 900 000 cartes produites et distribuées et environ trois millions d’hectares de cacaoyères géolocalisés. Entre octobre 2025 et mars 2026, plus de 160 000 tonnes de cacao ont été commercialisées via ce dispositif.

L’enjeu est directement commercial : avec l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation (EUDR) d’ici fin 2026, les opérateurs qui souhaitent vendre dans l’Union européenne — premier débouché du cacao ivoirien — devront démontrer l’origine de leurs lots et leur conformité aux exigences environnementales. Sans traçabilité certifiée, pas d’accès au marché européen.

75 % de la production mondiale dans une coalition africaine

Sur le front de la négociation commerciale, la Côte d’Ivoire a rejoint le 14 juillet la Cocoa Value Addition Alliance, aux côtés du Ghana, du Nigeria et du Cameroun, officialisée par la Déclaration d’Abuja. Les quatre pays concentrent ensemble près de 75 % de la production mondiale — la Côte d’Ivoire et le Ghana à eux seuls représentant 60 %. L’objectif : coordonner les politiques commerciales, attirer des investissements industriels et renforcer le pouvoir de négociation africain face aux négociants et transformateurs internationaux.

Concrètement, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont décidé d’harmoniser leurs politiques de prix bord champ et leurs calendriers agricoles dès la campagne 2026/2027, pour réduire les écarts qui alimentent la contrebande transfrontalière et rapprocher leurs positions de marché.

42 % transformés localement, objectif 50 % en 2027 et 100 % en 2030

Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire exporte encore plus de 60 % de sa récolte sous forme brute. La transformation locale représentait 42 % de la production nationale en 2025 selon l’USDA. Le gouvernement vise 50 % dès 2027/2028 et affiche l’ambition des 100 % à horizon 2030 — un objectif très ambitieux qui suppose un doublement des capacités industrielles installées, lesquelles sont actuellement portées par Barry Callebaut (SACO), Cemoi, Cargill, Olam et le complexe Transcao, principalement concentrés sur la première transformation en beurre, poudre et pâte de cacao.

Ces trois chantiers — traçabilité, coordination régionale, industrialisation — ne constituent pas une rupture avec le modèle ivoirien, mais une adaptation à un marché mondial devenu plus exigeant sur l’origine, plus volatile sur les prix et plus disputé sur le partage de la valeur.

Y.H.

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