Guinée : suspension des surestaries au port de Conakry pour contenir la hausse des prix en fin d’année

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À l’approche des fêtes de fin d’année, période traditionnellement marquée par une forte hausse de la demande et des tensions inflationnistes sur les biens importés, le gouvernement guinéen a décidé de suspendre temporairement les surestaries au port de Conakry. La mesure s’applique du 15 décembre 2025 au 31 janvier 2026 et vise à atténuer l’impact des coûts portuaires sur les prix à la consommation.

Cette décision intervient dans un contexte régional où les importateurs ouest-africains sont confrontés à des chaînes logistiques coûteuses, souvent ralenties par la congestion portuaire et la multiplication des frais annexes, lesquels sont généralement répercutés sur les consommateurs finaux.

Une réponse conjoncturelle à une période sensible

Selon les analystes, la période des fêtes exerce une pression particulière sur les ports ouest-africains, avec une augmentation des volumes importés de biens de consommation et une intensification des congestions. Les surestaries — pénalités appliquées lorsque les marchandises dépassent les délais de stockage autorisés — constituent alors un facteur de renchérissement significatif.

En les suspendant temporairement, les autorités guinéennes cherchent à fluidifier l’enlèvement des marchandises, à désengorger les quais et à réduire la facture logistique des opérateurs économiques. Une initiative qui traduit, pour plusieurs observateurs, la reconnaissance du rôle des charges portuaires dans l’aggravation de l’inflation importée, notamment en période de forte demande.

Un problème structurel de coûts logistiques persistants

Au-delà de la réponse conjoncturelle, la mesure met en lumière un défi plus structurel : le niveau élevé et la forte variabilité des coûts logistiques dans les ports d’Afrique de l’Ouest. Les frais liés au passage portuaire — droits d’utilisation des terminaux, manutention des conteneurs, frais administratifs et délais d’attente — restent un facteur majeur de renchérissement du commerce régional.

Selon une étude publiée en 2024 par Sea Empowerment Research, le coût du dédouanement d’un conteneur de 20 pieds varie entre 600 et 2 100 dollars dans des ports comme Abidjan, Cotonou ou Tema. Bien que ces montants demeurent inférieurs à ceux observés dans certaines autres régions du continent, ils représentent une part significative du coût logistique total pour les importateurs ouest-africains.

Des comparaisons régionales montrent par ailleurs que certains ports, à l’image de Lomé, fortement orientés vers le transbordement, affichent des charges maritimes et de manutention sensiblement plus compétitives que celles de plusieurs hubs voisins.

Une concurrence accrue entre ports ouest-africains

Cette hétérogénéité des coûts alimente une concurrence croissante entre les grands ports de la région — Dakar, Abidjan, Lomé ou encore Cotonou — chacun cherchant à capter les flux commerciaux tout en améliorant son attractivité tarifaire. Dans ce contexte, des mesures similaires ont déjà été observées ailleurs : le Port autonome de Dakar a notamment suspendu les frais de surestaries sur certaines cargaisons à destination du Mali, afin de soutenir les échanges transfrontaliers dans un contexte sécuritaire dégradé.

Toutefois, malgré ces initiatives ponctuelles, les coûts cumulés de la logistique portuaire continuent de peser sur la compétitivité régionale. Selon plusieurs observatoires, près de 70 % du temps total de transit d’une cargaison sur les principaux corridors ouest-africains est encore passé dans les ports et les terminaux intérieurs.

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