Premier producteur mondial de noix de cajou depuis 2015, la Côte d’Ivoire a progressivement changé d’échelle en misant sur la transformation locale. En l’espace de quelques années, le pays s’est imposé comme un acteur central de l’industrie des amandes, porté par un dispositif incitatif massif destiné à attirer les investissements privés.
Selon Jim Fitzpatrick, expert international de la filière anacarde, le soutien public déployé depuis 2017-2018 a joué un rôle déterminant dans l’essor rapide de l’industrie ivoirienne. Les autorités ont notamment mis en place une prime à l’exportation de 400 francs CFA par kilogramme d’amandes transformées, à laquelle se sont ajoutées des exonérations de droits de douane et de TVA sur les équipements industriels et les pièces de rechange importées.
Ces mesures ont profondément modifié l’attractivité du pays. Les volumes de noix de cajou transformés localement sont ainsi passés de 43 700 tonnes en 2017 à environ 344 000 tonnes en 2024, illustrant une montée en puissance industrielle rapide et structurée.
« Les subventions à l’industrie du cajou ont atteint leurs objectifs. Aujourd’hui, deux noix de cajou sur trois transformées en Afrique le sont en Côte d’Ivoire », souligne Jim Fitzpatrick. Avec une capacité installée supérieure à 600 000 tonnes, le pays domine largement la transformation continentale. La plupart des unités industrielles ont été mises en place au cours des cinq dernières années et reposent sur des technologies modernes, souvent portées par des investisseurs étrangers ou des partenariats internationaux.
Un modèle à maturité ?
Si l’efficacité du soutien public ne fait guère débat, la question de sa pérennité commence toutefois à se poser. Selon plusieurs sources du secteur, le Conseil du Coton et de l’Anacarde (CCA) envisagerait de revoir à la baisse, voire de plafonner, le mécanisme de subvention dans les années à venir. Aucune décision officielle n’a encore été annoncée, mais l’hypothèse alimente les discussions dans l’écosystème.
Pour Jim Fitzpatrick, un ajustement brutal du dispositif aurait des effets asymétriques. Les premiers impactés seraient les petits et moyens transformateurs, dont les marges restent étroites et la capacité financière limitée. À l’inverse, les grandes unités industrielles, majoritairement détenues par des groupes étrangers disposant d’un accès plus large au financement, seraient mieux armées pour absorber un choc.
« Si la subvention est supprimée pour certaines usines, il est clair qu’elles rencontreront des difficultés. Cela pourrait aussi décourager de nouveaux investissements », avertit-il. L’enjeu dépasse donc la rentabilité immédiate et touche à la dynamique future de la filière.
Une attractivité désormais structurelle
Pour autant, l’expert se montre moins alarmiste sur l’impact global d’une éventuelle réduction des aides. Selon lui, la Côte d’Ivoire a désormais démontré la viabilité économique de la transformation locale du cajou. L’argument en faveur de l’investissement est solidement établi, et le pays conserve des avantages structurels difficiles à reproduire ailleurs : abondance de la matière première, organisation de la filière, cadre réglementaire relativement stable et infrastructures logistiques en amélioration constante.
Une baisse des subventions pourrait toutefois inciter certains opérateurs à diversifier leurs implantations vers d’autres pays producteurs comme le Nigeria ou le Ghana. Mais, dans l’équation régionale, la Côte d’Ivoire reste aujourd’hui la référence.
Après une phase de soutien intensif, la filière anacarde ivoirienne semble ainsi entrer dans un nouveau cycle : celui d’un secteur arrivé à maturité, appelé à tester sa compétitivité au-delà de l’appui budgétaire de l’État, tout en restant un pilier stratégique de l’industrialisation agricole du pays.




