Le président malien Assimi Goïta a signé, le 19 janvier, un décret nommant Hilaire Bebian Diarra au poste de commissaire chargé des Activités minières, avec rang de ministre. Cette nomination marque une promotion stratégique pour l’ancien directeur de la mine d’or de Tongon en Côte d’Ivoire, passée sous le contrôle d’Atlantic Group fin 2025 après avoir été exploitée par Barrick.
Spécialiste des Sciences de la Terre, Hilaire Diarra a dirigé pendant plusieurs années Tongon, l’un des principaux actifs ouest-africains de Barrick. En septembre 2025, il avait quitté ses fonctions pour rejoindre la présidence malienne en tant que conseiller spécial, dans un contexte de tensions entre l’État malien et la compagnie canadienne, notamment autour du complexe aurifère Loulo-Gounkoto, la plus grande mine d’or du pays.
Un nouveau commissariat pour renforcer le contrôle du secteur
Le décret encadrant le fonctionnement du Commissariat chargé des Activités minières confie à la nouvelle structure des missions centrales :
- veiller au respect du Code minier,
- analyser les rapports d’activités des détenteurs de titres miniers,
- formuler des orientations stratégiques pour le développement du secteur,
- proposer des mesures en faveur de la transparence et de la bonne gouvernance.
Placée sous l’autorité directe de la présidence, cette instance renforce l’emprise du chef de l’État sur la gestion du secteur minier. Elle récupère par ailleurs certaines prérogatives traditionnellement exercées par le ministère des Mines, ce qui traduit une recentralisation politique de la régulation des ressources extractives.
Un secteur sous pilotage présidentiel
Ces dernières années, les principaux dossiers miniers — y compris les renégociations contractuelles, la mise en œuvre du nouveau Code minier et l’audit ayant révélé un manque à gagner estimé entre 300 et 600 milliards FCFA pour l’État — ont été pilotés directement depuis le Palais de Koulouba.
En décembre 2025, les autorités ont affirmé avoir récupéré 761 milliards FCFA auprès des compagnies minières, illustrant la volonté du pouvoir de renforcer la captation des revenus miniers et d’imposer un nouveau rapport de force avec les opérateurs étrangers.
Un risque de fragmentation institutionnelle
Si la création du commissariat vise à renforcer la gouvernance du secteur, la coexistence entre la présidence, le ministère des Mines et la nouvelle entité pourrait générer des chevauchements de compétences et des incertitudes pour les investisseurs.
Dans un contexte où le Mali cherche à reconfigurer son modèle extractif et à maximiser les retombées économiques de l’or, l’efficacité réelle de cette nouvelle architecture institutionnelle sera scrutée dans les prochains mois.




