La future introduction en bourse de Dangote Refinery, valorisée entre 20 et 25 milliards de dollars, marque une nouvelle étape dans l’ambition du Nigeria d’assurer son autonomie énergétique et de renforcer sa base industrielle. Le président du groupe, Aliko Dangote, a annoncé que les Nigérians pourront acquérir des actions de la raffinerie dans un délai de quatre à cinq mois, ouvrant ainsi la voie à une démocratisation de la propriété de l’un des actifs industriels les plus stratégiques du continent.
Cette annonce a été faite le 21 février 2026, lors d’une visite officielle du site par le directeur général de la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC), Bayo Ojulari, accompagné de hauts dirigeants de l’entreprise publique. La NNPC détient actuellement 7,25 % du capital de la raffinerie.
Aliko Dangote a également confirmé que les futurs actionnaires auront la possibilité de percevoir leurs dividendes en naira ou en dollars, la raffinerie générant des recettes significatives en devises grâce à ses exportations de carburants et de produits pétrochimiques.
Une ouverture au public pour renforcer le marché financier nigérian
L’introduction en bourse vise à élargir l’actionnariat au grand public et aux investisseurs institutionnels, tout en renforçant la liquidité et la profondeur du marché financier nigérian. Une double cotation, notamment à la Bourse de Londres, est également envisagée, ce qui pourrait accroître la valorisation du groupe et attirer davantage de capitaux internationaux.
Les revenus issus de la pétrochimie — notamment la production de polypropylène, d’engrais et, à terme, de surfactants — doivent soutenir le versement de dividendes en devises, offrant aux investisseurs un mécanisme de couverture contre les fluctuations du naira.
Une raffinerie stratégique pour l’économie nigériane
Capable de traiter 650 000 barils par jour, Dangote Refinery couvre déjà l’ensemble des besoins domestiques en essence, diesel, kérosène et carburéacteur, tout en étant en mesure d’exporter jusqu’à 40 % de sa production. Le groupe explore par ailleurs une montée en capacité pouvant atteindre 1,4 million de barils par jour d’ici trois ans, ce qui ferait du site la plus grande raffinerie à train unique au monde.
La dimension pétrochimique connaît également une expansion rapide. Avec une capacité annoncée de 400 000 tonnes d’alkyl benzène par an, la raffinerie ambitionne de couvrir largement les besoins africains, tout en développant des lignes de production destinées à l’industrie des détergents.
Gestion financière et intégration amont
Le projet est actuellement adossé à une dette de 3,65 milliards de dollars, composée de 2 milliards en prêts syndiqués senior et de 1,65 milliard en prêts intra-groupe. Selon Aliko Dangote, la combinaison des revenus opérationnels et de futures cessions d’actifs doit permettre un remboursement complet d’ici 2027.
Le dirigeant a également évoqué une possible collaboration renforcée avec la NNPC sur l’exploitation de gisements en amont, notamment les blocs 71 et 72, ce qui consoliderait l’intégration entre production pétrolière et raffinage.
Une infrastructure clé pour l’autosuffisance énergétique et la sécurité alimentaire
Au-delà de l’enjeu énergétique, Dangote Refinery s’inscrit dans une stratégie multisectorielle intégrant les engrais, la pétrochimie et la transformation industrielle. Le complexe industriel doit contribuer à la sécurité alimentaire du continent grâce à l’augmentation de l’offre d’engrais, tout en soutenant le développement d’écosystèmes industriels locaux.
Pour le Nigeria, ce projet représente un pilier de souveraineté énergétique, de stabilisation macroéconomique et d’attractivité financière, offrant aux citoyens l’opportunité d’investir directement dans l’une des plus importantes infrastructures industrielles d’Afrique.




