Le Trésor sénégalais a réussi à mobiliser l’intégralité des 50 milliards FCFA (environ 88,6 millions de dollars) recherchés lors de son adjudication du 10 mars sur le marché financier régional de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Toutefois, la levée de fonds s’est effectuée exclusivement sur des bons du Trésor à 364 jours, les investisseurs ayant refusé de souscrire aux obligations de maturité plus longue.
Les deux tranches obligataires proposées — une OAT à 3 ans à 6,30 % et une OAT à 5 ans à 6,45 % — ont en effet été rejetées en totalité, faute de trouver preneur aux conditions fixées par Dakar. Ce résultat reflète la réticence des investisseurs à s’engager sur des maturités plus longues dans le contexte actuel.
Une échéance majeure sur les eurobonds
Cette opération intervient à quelques jours d’une échéance importante pour les finances publiques sénégalaises. Le 13 mars, le pays doit honorer 333,3 millions d’euros au titre d’euro-obligations émises en mars 2018, soit environ 485 millions de dollars en principal et intérêts.
Depuis le début de l’année, le Trésor a déjà mobilisé plus de 700 milliards FCFA sur le marché régional afin de sécuriser ce remboursement. L’opération du 10 mars constitue l’une des dernières étapes de ce processus.
Sur cette adjudication, le taux marginal du bon du Trésor à 364 jours s’est établi à 6,75 %, en baisse par rapport au taux de 6,98 % observé lors de l’intervention précédente du 27 février. Cette évolution traduit une légère détente sur le segment court du marché.
Une anomalie sur la courbe des taux
La situation révèle néanmoins une anomalie persistante sur la courbe des taux. Les investisseurs exigent actuellement un rendement plus élevé pour les titres à 364 jours que celui proposé par le gouvernement pour les obligations à 3 et 5 ans. Dans ces conditions, les acteurs du marché préfèrent se positionner sur le court terme plutôt que d’immobiliser leurs capitaux sur des horizons plus longs.
Cette prudence s’inscrit dans un contexte de tensions sur les finances publiques sénégalaises.
Un contexte budgétaire sous pression
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la dette du secteur public sénégalais atteignait 132 % du PIB à la fin de l’année 2024. Le programme de financement de 1,8 milliard de dollars du FMI a été suspendu après la découverte d’engagements budgétaires non déclarés sous l’administration précédente.
Un audit réalisé par la Cour des comptes du Sénégal a par ailleurs révélé que le déficit budgétaire réel avait été sous-estimé de jusqu’à sept points de PIB par an, portant le ratio d’endettement à près de 100 % du PIB fin 2023, contre 74 % initialement annoncés.
Une dépendance accrue au marché régional
Dans ce contexte, l’État sénégalais s’appuie fortement sur le marché financier régional pour couvrir ses besoins de financement. En 2025, environ 75 % des besoins de financement de l’État ont été couverts par ce marché, soit près de 4 000 milliards FCFA mobilisés.
Cette dépendance au financement à court terme accentue toutefois les risques de refinancement. Entre 2026 et 2028, le Sénégal devra mobiliser près de 14 870 milliards FCFA pour faire face au service de sa dette.
Le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye maintient néanmoins l’objectif d’un retour progressif aux équilibres budgétaires. Le déficit public devrait ainsi être ramené de 13,4 % du PIB en 2024 à 7,8 % en 2025, avec une cible de 5,37 % en 2026 et 3 % en 2027.
Cependant, en l’absence d’un nouveau programme d’appui du FMI, les investisseurs continuent de privilégier le court terme et demeurent prudents face aux émissions obligataires de plus longue maturité.




