La flambée des prix du pétrole, déclenchée par la guerre en Iran, met sous pression les économies ouest-africaines fortement dépendantes des importations énergétiques. Dans l’espace UEMOA, les États adoptent des stratégies divergentes, entre révision des prix à la pompe et maintien de subventions pour protéger le pouvoir d’achat.
Des ajustements déjà engagés dans plusieurs pays
Depuis fin février, les cours du Brent et du WTI ont progressé d’environ 60 %, dépassant régulièrement les 100 dollars le baril. Cette hausse est notamment liée aux perturbations dans le détroit d’Ormuz, un point de passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole.
Face à cette situation, certains pays ont décidé d’ajuster leurs prix domestiques. La Côte d’Ivoire a relevé le prix du super à 875 FCFA le litre en mai 2026, contre 820 FCFA auparavant, tandis que le Bénin a procédé à une hausse plus modérée pour l’essence et le gasoil, mais nettement plus marquée pour le pétrole lampant.
Le Mali et la Guinée-Bissau avaient déjà amorcé ce mouvement dès mars, avec des augmentations significatives, reflet d’une contrainte budgétaire accrue et de tensions sur l’approvisionnement.
D’autres pays privilégient la stabilité
À l’inverse, plusieurs États ont choisi de maintenir les prix, absorbant le choc au niveau des finances publiques. C’est le cas du Sénégal, du Togo, du Burkina Faso et du Niger.
Cette stratégie vise à préserver le pouvoir d’achat des ménages, mais elle comporte des risques. Au Niger, par exemple, la stabilité officielle masque déjà des tensions, avec des pénuries locales et une montée des prix sur les marchés informels.
Un arbitrage délicat entre social et budgétaire
Les gouvernements se retrouvent face à un dilemme classique :
- augmenter les prix pour préserver les équilibres budgétaires,
- ou maintenir les subventions au risque d’alourdir les déficits.
Dans les pays ayant opté pour une hausse, les premières conséquences attendues concernent le coût du transport et, plus largement, une pression inflationniste sur les biens de consommation. La BCEAO anticipe d’ailleurs une légère remontée de l’inflation dans la zone, liée au renchérissement des produits pétroliers.
Une fracture croissante au sein de l’UEMOA
Au final, cette crise énergétique révèle une fracture au sein de l’Union :
- d’un côté, des pays qui s’alignent progressivement sur les prix internationaux ;
- de l’autre, ceux qui résistent encore pour des raisons sociales et politiques.
Si la hausse des cours du pétrole devait se prolonger, cette divergence pourrait s’accentuer, mettant à l’épreuve la soutenabilité budgétaire de certains États et la cohérence économique régionale.
Y.H.




