Face à la flambée attendue des prix mondiaux des fertilisants, le Bénin renforce son soutien au secteur agricole. Le gouvernement a approuvé une enveloppe de 31,87 milliards de FCFA (56,9 millions de dollars) destinée à subventionner l’achat d’engrais pour la campagne agricole 2026/2027, selon les conclusions du Conseil des ministres du 13 mai.
Ce budget marque une hausse de 22,5 % par rapport à la campagne précédente, traduisant la volonté des autorités de préserver la compétitivité du secteur agricole dans un contexte international sous tension.
Préserver les prix pour les producteurs
Grâce à cette mobilisation budgétaire, les prix de cession des principaux engrais — notamment l’urée, le NPK, le chlorure de potassium (KCl) et le superphosphate simple (SSP) — resteront inchangés par rapport à la campagne précédente.
Le gouvernement justifie cette décision par le risque que ferait peser une répercussion intégrale des prix internationaux sur la production nationale et la sécurité alimentaire.
Selon les autorités, appliquer les tarifs réels du marché mondial aurait un effet négatif direct sur les rendements agricoles et compromettrait les ambitions d’autosuffisance alimentaire du pays.
Une pression mondiale sur les fertilisants
Cette décision intervient alors que les perspectives du marché international restent préoccupantes. Dans son dernier rapport Commodity Markets Outlook, la Banque mondiale anticipe une hausse de plus de 30 % des prix mondiaux des engrais en 2026, sous l’effet combiné des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et des perturbations logistiques dans le détroit d’Ormuz.
L’urée, fertilisant azoté essentiel pour de nombreuses cultures, pourrait ainsi atteindre 675 dollars la tonne en moyenne, soit près de 60 % de plus qu’en 2025.
Pour un pays fortement dépendant des importations d’intrants agricoles, cette volatilité représente un risque majeur.
Un enjeu stratégique pour l’agriculture béninoise
L’effort budgétaire apparaît d’autant plus stratégique que le Bénin figure parmi les pays africains les plus consommateurs d’engrais par hectare.
D’après les données de la FAO, l’utilisation atteignait 28,2 kg par hectare de terre arable en 2023, un niveau supérieur à la moyenne africaine estimée à 22,6 kg, faisant du Bénin l’un des marchés les plus intensifs d’Afrique de l’Ouest.
Cette dépendance s’explique notamment par le poids du coton, principale culture d’exportation du pays et grande consommatrice de fertilisants. Pour la campagne 2026/2027, officiellement lancée le 23 avril, les autorités visent une progression de 8 % de la production cotonnière.
Au-delà du coton, les cultures vivrières comme le maïs et le riz, essentielles pour la sécurité alimentaire nationale, restent également fortement dépendantes des apports en engrais.
Dans ce contexte, la subvention publique demeure un levier central pour maintenir les niveaux de production et amortir les chocs exogènes sur le secteur agricole béninois.
A.S.




