Sénégal : malgré 15 milliards $ budgétés en cinq ans, seuls 51 % des investissements publics ont été exécutés

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Alors que le Sénégal déploie une nouvelle stratégie d’investissement public pour accélérer sa transformation économique, le bilan des cinq dernières années met en lumière un défi persistant : la capacité d’exécution.

Selon les données publiées par l’Observatoire national des investissements (ONI), l’État sénégalais a inscrit entre 2020 et 2024 un volume initial de 8234,84 milliards FCFA dans ses lois de finances pour les investissements publics. Après ajustements budgétaires, ce montant a été porté à 8760,81 milliards FCFA, soit environ 15 milliards de dollars.

Dans les faits, seuls 4469,77 milliards FCFA ont été effectivement exécutés sur la période, ce qui correspond à un taux de réalisation de 51,02 %.

Une dynamique d’exécution en perte de vitesse

Sur les 1019 projets et programmes programmés durant la période, 827 ont été exécutés, tandis que 192 n’ont pas abouti.

Si les allocations budgétaires consacrées aux investissements ont progressé au fil des années, atteignant 1836,3 milliards FCFA en crédits budgétaires et 2139,8 milliards FCFA en investissements autorisés en 2024, le rythme d’exécution s’est essoufflé après 2022.

Les investissements effectivement réalisés, après une phase ascendante, ont reculé en 2023 et 2024 pour revenir à des niveaux comparables à ceux observés en début de cycle.

Le rapport de l’ONI ne détaille toutefois pas les causes précises de cette sous-exécution.

Un contexte budgétaire fragilisé

Cette performance intervient dans un environnement marqué par de fortes tensions sur les finances publiques.

En février 2025, la Cour des comptes a révélé, dans son audit couvrant la période 2019-2024, des irrégularités majeures dans la gestion budgétaire, évoquant une dette publique équivalente à 99,67 % du PIB, réévaluée par le FMI à 132 % du PIB, contre 74 % officiellement annoncés auparavant.

Le rapport pointait notamment des pratiques comptables contestables, incluant le rattachement artificiel de recettes d’un exercice à un autre, l’omission de certaines créances douanières et l’absence d’évaluation régulière des dépenses fiscales, pourtant exigée par les règles communautaires de l’UEMOA.

Une dépendance limitée aux financements extérieurs

Malgré ce contexte, l’analyse de l’ONI montre que le financement des investissements publics est resté largement domestique.

Les ressources internes ont couvert 93,4 % des investissements exécutés, traduisant une faible dépendance aux emprunts extérieurs et aux dons.

Sur le plan sectoriel, les investissements ont été fortement concentrés sur le secteur quaternaire, incluant notamment l’information, la communication et la recherche, qui a absorbé plus des deux tiers des ressources.

Les infrastructures de transport, les secteurs sociaux ainsi que la défense et la sécurité figurent également parmi les principaux postes d’investissement.

La stratégie Sonko pour changer d’échelle

Face à ces limites, le gouvernement a engagé un Plan spécial d’investissement et de financement 2026-2028, présenté en janvier par le Premier ministre Ousmane Sonko.

Ce programme vise à accélérer la transformation structurelle de l’économie à travers des projets stratégiques dans les infrastructures, l’énergie, le capital humain et la compétitivité.

Parmi les projets emblématiques figurent le port sec de Tambacounda, le Grand Transfert d’Eau, les agropoles du Sud et du Centre, ainsi que les ports de Ndayane et Sendou.

Pour 2026, l’État prévoit 2384,3 milliards FCFA d’investissements publics.

En parallèle, Dakar mise davantage sur les capitaux privés. Le nouveau Code des investissements adopté en 2025 et les 23 milliards de dollars d’engagements annoncés lors du forum Invest in Sénégal 2025 illustrent cette volonté de repositionner le partenariat public-privé comme moteur de croissance.

L’enjeu, désormais, sera moins celui de l’ambition financière que de la capacité réelle à transformer ces engagements en projets effectivement exécutés.

E.N.

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