Le Nigeria vient de franchir une étape significative dans la diversification de son mix énergétique. Le 27 mai, Abuja a signé avec le développeur Maverick Energy une concession de 1,5 milliard de dollars pour la construction du barrage de Grand Katsina-Ala, dans l’État de Benue. D’une capacité de 460 MW, la future centrale devrait produire quelque 2 400 GWh par an, ce qui en fait l’un des projets hydroélectriques les plus importants lancés dans le pays depuis plusieurs années.
Le montage retenu est un partenariat public-privé sur 35 ans, selon un schéma DFBOT — conception, financement, construction, exploitation, puis transfert à l’État nigérian. Un modèle qui permet de mobiliser des capitaux privés sans peser directement sur les finances publiques fédérales, dans un contexte où l’État demeure sous pression budgétaire.
Benue, grenier agricole en quête d’énergie
Au-delà du mégawatt, c’est l’économie locale qui est dans le viseur. L’État de Benue figure parmi les principaux bassins agricoles du Nigeria. L’arrivée de cette nouvelle capacité électrique est appelée à soutenir le développement de l’irrigation, l’essor des unités de transformation agroalimentaire et la modernisation des infrastructures rurales — autant de leviers pour une filière agro-industrielle qui peine encore à se structurer faute d’énergie fiable.
Ce chantier intervient dans un contexte de sous-performance chronique du secteur électrique nigérian. Le pays ne produit effectivement qu’environ 4 300 MW, loin de ses capacités théoriques installées, en raison de l’insuffisance des approvisionnements en combustible, des faiblesses du réseau de transport et de pertes techniques structurelles.
Le gaz reste au cœur de la stratégie
Ce coup d’accélérateur sur l’hydraulique ne remet pas en cause la priorité accordée au gaz naturel. Le Gas Master Plan 2026 table sur près de 60 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030, avec pour ambition de porter la production à 10 milliards de pieds cubes par jour dès 2027, puis à 12 milliards en 2030.
Deux projets d’infrastructures sont au cœur du dispositif : le gazoduc Ajaokuta-Kaduna-Kano (AKK), long de 614 km, qui doit connecter les bassins gaziers du Sud aux centres industriels du Centre et du Nord, et le pipeline OB3, destiné à sécuriser les flux vers les zones de consommation. L’objectif est de lever un goulot d’étranglement bien connu : malgré des réserves prouvées dépassant 200 trillions de pieds cubes, le Nigeria n’arrive pas à alimenter correctement ses propres centrales électriques à gaz.
Gaz et hydroélectricité : une complémentarité qui se dessine
Ce que dessine progressivement le Nigeria, c’est un modèle hybride où le gaz porte la stratégie industrielle et exportatrice, tandis que l’hydroélectricité vient stabiliser le système et garantir une production de base. Une articulation pragmatique, à condition que l’exécution suive.
Car c’est bien là que se joue l’essentiel. Les annonces d’investissements ne manquent pas au Nigeria — c’est leur concrétisation qui achoppe régulièrement sur des contraintes de financement, de gouvernance et de capacités d’exécution. Le projet de Grand Katsina-Ala sera, comme beaucoup d’autres avant lui, un test grandeur nature de la capacité du pays à transformer ses ambitions énergétiques en réalité industrielle.
B.S.




