Or en Afrique de l’Ouest : derrière le Ghana incontesté, la bataille des réserves entre Mali, Guinée et Côte d’Ivoire reste floue

Date :

Partager l'article :

Le président guinéen Mamadi Doumbouya a affirmé la semaine dernière que la Guinée détenait la deuxième plus grande réserve aurifère d’Afrique de l’Ouest, lors d’une rencontre avec les acteurs du secteur. Une affirmation qui illustre surtout la fragilité des données statistiques minières sur le continent, où établir un classement fiable des réserves reste un exercice délicat.

Une question de vocabulaire et de sources disparates

La difficulté tient d’abord à la définition même de « réserve » — la part d’un gisement économiquement exploitable selon les études techniques, les coûts et le prix de l’or — par opposition aux « ressources », plus larges, qui incluent de l’or identifié mais pas encore converti en réserves exploitables. S’ajoute à cela une hétérogénéité des sources : institutions publiques internationales, archives coloniales, données communiquées par les sociétés minières. Dans une région encore sous-explorée, où la hausse du prix de l’or rend exploitables des volumes auparavant marginaux, ces chiffres restent par nature provisoires.

Le Ghana, seule certitude du classement

Le Ghana est le seul pays dont la première place ne fait débat. Selon l’US Geological Survey, ses réserves sont estimées à 1 000 tonnes, appuyées par un socle industriel ancien — Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti, Perseus Mining, Asante Gold — et confirmées par sa position de premier producteur africain d’or, mines industrielles et orpaillage artisanal combinés.

Mali, Guinée : un dauphin disputé

Le Mali reste solidement installé en deuxième position, malgré une baisse documentée de ses réserves détenues par les compagnies minières — de 881,7 tonnes en 2022 à 731 tonnes en 2024, selon le ministère malien des Mines. L’USGS retenait pour sa part 800 tonnes dans son estimation 2025. La Guinée évoque plus de 700 tonnes, concentrées autour des préfectures de Siguiri, Kouroussa, Mandiana, Dinguiraye et Kankan — un niveau qui la place théoriquement au contact du Mali. Conakry bénéficie d’un avantage relatif : l’exploration s’y intensifie, portée notamment par Siguiri d’AngloGold Ashanti et le projet Bankan de Predictive Discovery, alors qu’elle a ralenti au Mali dans un contexte de tensions entre l’État et les compagnies sur le partage de la rente minière.

Côte d’Ivoire en rattrapage, Burkina Faso illisible

La Côte d’Ivoire affiche des réserves officielles de 600 tonnes, théoriquement derrière ses voisins, mais une vague de découvertes récentes — Koné, Boundiali, Doropo, tous dotés de ressources supérieures à 100 tonnes — pourrait conduire à une révision à la hausse dans les prochaines années.

Le Burkina Faso illustre la limite la plus criante de l’exercice statistique. Avec une production nationale supérieure à 94 tonnes en 2025, c’est l’un des grands producteurs régionaux, mais l’USGS ne dispose d’aucune donnée homogène sur ses réserves nationales. À l’échelle des compagnies, certains chiffres existent : West African Resources déclarait en 2025 détenir 7 millions d’onces — environ 218 tonnes — sur ses actifs Sanbrado, Kiaka et Toega. Mais cumuler ces données mine par mine donnerait toujours une image parcellaire du potentiel national, ignorant l’orpaillage artisanal et les projets en exploration.

Pour les investisseurs comme pour les gouvernements, cette opacité statistique n’est pas un détail technique : elle complique les négociations sur les codes miniers et la valorisation des actifs nationaux, dans une région où le potentiel géologique reste largement à confirmer par l’exploration.

T.H.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

spot_img

Articles similaires

Sierra Leone : 1 000 fonctionnaires à former au numérique pour accompagner la transformation de l’administration publique

Le ministère sierra-léonais de la Communication, de la Technologie et de l'Innovation a annoncé mercredi 24 juin la...

Togo : la filière coton vise 105 000 tonnes pour 2026-2027, après une progression de 20 % sur la dernière campagne

La filière cotonnière togolaise aborde la campagne 2026-2027 avec un objectif ambitieux : 105 000 tonnes de coton...

Côte d’Ivoire : la mauricienne MCB envisage de s’implanter à Abidjan, sur un marché bancaire déjà dense de 33 établissements

La Mauritius Commercial Bank (MCB) étudie une implantation en Côte d'Ivoire. Le projet a été présenté jeudi 18...

Sénégal : le TER relie bientôt Dakar à l’aéroport Blaise Diagne, un avantage compétitif face à Abidjan

Le Sénégal s'apprête à mettre en service le tronçon Diamniadio-Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) du Train express régional...