En marge des réunions du Caucus africain 2026 à Banjul, le président gambien Adama Barrow a annoncé la signature d’un accord de principe historique avec le Groupe Dangote. Le géant nigérian prévoit d’injecter 2 milliards de dollars pour restructurer le paysage énergétique du pays à travers deux projets industriels majeurs : une centrale solaire de 250 MW et un terminal de stockage pétrolier de dernière génération.
À ce stade, l’accord pose les bases d’un partenariat stratégique. Les deux parties doivent encore finaliser les contrats définitifs, mener les études de faisabilité technique et structurer les organes de suivi. Le calendrier d’exécution et la ventilation précise de l’enveloppe globale restent à déterminer.
Un double levier pour la sécurité énergétique
Cet investissement de rupture cible les deux talons d’Achille de l’économie gambienne : l’électricité et la logistique pétrolière.
- Le volet renouvelable (250 MW) : Une méga-centrale solaire conçue pour transformer radicalement le mix énergétique national.
- Le volet hydrocarbures : Un terminal moderne de stockage de produits pétroliers destiné à accroître les réserves stratégiques du pays, à limiter les risques de rupture de stock et à stabiliser les prix sur le marché intérieur.
Soulager un réseau national sous haute tension
Pour Banjul, l’arrivée de capitaux privés d’une telle ampleur répond à une urgence infrastructurelle chronique. Le réseau électrique national fait face à des contraintes opérationnelles sévères :
- Un déficit de production marqué : Si la capacité théorique installée se situe entre 90 et 99 MW, la capacité réelle disponible est tombée sous la barre des 40 MW début 2025, plombée par la vétusté des installations et les tensions de trésorerie de l’opérateur public NAWEC.
- Une forte dépendance extérieure : Au premier trimestre 2025, la Gambie a dû importer 57 % de son électricité depuis les réseaux sénégalais et guinéen.
Avec ses 250 MW, le projet porté par Aliko Dangote surclasse le projet national de Soma (150 MW prévus d’ici 2030) et représente plus du double de la capacité opérationnelle actuelle du pays.
Les chiffres clés de la trajectoire énergétique gambienne
L’apport du Groupe Dangote modifie profondément la donne financière et technique des ambitions nationales à l’horizon 2030.
| Indicateur clé | Objectifs de la Feuille de route nationale | Impact de l’offre Dangote |
| Besoins de capitaux privés | 247 millions $ attendus d’ici 2030 | 2 milliards $ d’engagement global |
| Part des énergies renouvelables | Passer de 13 % (2024) à 30 % (2030) | Accélération immédiate de l’objectif |
| Capacité de production solaire | Potentiel théorique national de 428 MW | 250 MW injectés par un seul projet |
Le défi de l’exécution : Les points de vigilance
Si l’annonce envoie un signal positif fort aux marchés et aux partenaires au développement, la concrétisation de ce méga-projet dépendra de la résolution de deux défis structurels :
1. L’absorption technique : L’injection massive de 250 MW d’énergie intermittente (solaire) exigera une mise à niveau lourde et immédiate du réseau de transport électrique national.
2. La viabilité du partenaire public : La situation financière de la NAWEC reste fragile, l’opérateur historique ayant enregistré une marge nette négative de 28 % en 2024. La sécurisation des contrats d’achat d’électricité sera une étape clé pour les investisseurs.
L’analyse d’Affaires & Entreprises : En captant l’intérêt du premier groupe industriel privé du continent, la Gambie réussit un joli coup diplomatique et économique. Pour que cet engagement de principe se transforme en croissance réelle, Banjul devra faire preuve de célérité réglementaire et technique pour lever les doutes sur la capacité d’accueil de son réseau. Une affaire à suivre de près.
A.S.




