À l’occasion du forum Mining On Top Africa (MOTA) à Paris, les autorités minières ivoiriennes ont dévoilé leur nouvelle stratégie de souveraineté économique. Face à un continent africain qui ne capte que 10 % des dépenses mondiales d’exploration, Abidjan investit massivement dans la cartographie de son sous-sol. L’objectif : briser l’asymétrie d’information face aux multinationales pour imposer des conditions de partage de valeur nettement plus avantageuses pour l’État.
Réduire l’asymétrie d’information : Le véritable levier de négociation
Traditionnellement, le manque de données géologiques publiques contraint les États à céder l’initiative de l’exploration aux compagnies privées. Ce modèle crée un déséquilibre majeur lors des négociations de contrats de partage de production ou de participations étatiques.
En inversant cette tendance, la Côte d’Ivoire compte transformer son modèle de concession :
- Réduction du risque de l’investisseur : Disposer de données fiables permet aux miniers de sauter les étapes préliminaires coûteuses et de passer directement au forage.
- Valorisation des actifs de l’État : En fournissant des données pré-existantes de haute qualité, l’État ivoirien n’agit plus en simple spectateur, mais en partenaire technique, légitimant des exigences financières et des participations au capital plus élevées.
« La connaissance du sous-sol est un facteur clé pour faire balancer les négociations », affirme Seydou Coulibaly, directeur général des Mines et de la Géologie de Côte d’Ivoire.
Le plan d’action d’Abidjan : Cartographie et souveraineté technique
Depuis 2022, en partenariat avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) français, la Côte d’Ivoire prépare la mise à jour complète de son infrastructure de données. Si les offres techniques et financières ont été validées dès 2024, le défi actuel réside dans le bouclage financier du projet, avec un objectif de lancement des levés géophysiques aéroportés planifié d’ici la fin de l’année 2026.
Le gouvernement refuse toutefois de contracter des financements à n’importe quel prix, privilégiant la préservation stricte des intérêts souverains sur l’accès futur à ces données.
La SODEMI monte en gamme technologique
Pour soutenir cette ambition, la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI) modernise ses outils industriels. Sous l’impulsion de son directeur général, Seydou Moussa Koné, la compagnie publique mise sur :
- La certification internationale : Un laboratoire accrédité selon la norme ISO/IEC 17025 depuis juin 2023.
- La rétention de la valeur : Réaliser les analyses de teneurs fines localement afin d’éviter la fuite d’échantillons et d’expertises à l’étranger.
Cap sur la diversification : Au-delà du mono-produit aurifère
La Côte d’Ivoire est aujourd’hui un producteur d’or de premier plan, mais le sous-sol ivoirien recèle un potentiel inexploité de métaux hautement stratégiques pour la transition énergétique mondiale. La SODEMI pilote désormais le pivotement vers ces substances à forte valeur ajoutée.
| Substance historique | Nouvelles cibles stratégiques (Transition Énergétique) |
| Or (Concentration actuelle) | • Lithium • Cobalt • Nickel • Molybdène • Tungstène |
B.S.




