Alors que la FPH-CI et Eni Côte d’Ivoire lancent la campagne 2026 avec un objectif de collecte de 64 500 tonnes de graines d’hévéa, le passage à la transformation locale s’impose comme le nouvel enjeu stratégique pour préserver la rentabilité des producteurs, fragilisée par une baisse de 17,2 % des prix d’achat en trois ans.
Une montée en puissance industrielle et numérique
L’agro-industrie ivoirienne accélère son positionnement sur le marché des biocarburants. Pour la nouvelle campagne de commercialisation, la Fédération des organisations professionnelles agricoles de la filière hévéa (FPH-CI) et la filiale du géant italien Eni visent une progression de 2,4 % des volumes par rapport aux 63 000 tonnes enregistrées en 2025. Le saut est spectaculaire au regard des 2 500 tonnes collectées lors de la phase pilote en 2023.
Pour soutenir cette hausse de charge, la filière modernise son appareil logistique :
- Infrastructures de transit : Déploiement de cinq centres stratégiques pour rapprocher la collecte des zones de production et optimiser les coûts de transport.
- Digitalisation des flux : Mettre à disposition des coopératives une application mobile pour le suivi en temps réel des livraisons, des paiements et de la traçabilité.
Capturer la valeur ajoutée sur le territoire national
Jusqu’à présent, les graines récoltées étaient pressées dans une unité près d’Abidjan avant que l’huile brute ne soit expédiée vers les bioraffineries italiennes d’Eni. La FPH-CI entend désormais changer d’échelle industrielle en expérimentant dès 2026 la production d’huile directement au sein des nouveaux centres de transit. L’ambition est d’autonomiser les coopératives en les transformant en micro-unités de trituration capables d’alimenter les marchés du biocarburant et de la savonnerie.
Le défi de la rémunération des producteurs
Cette expansion industrielle intervient toutefois dans un contexte de compression des cours d’achat au village. Le prix bord champ a suivi une pente descendante depuis le lancement du programme :
- 2023 : 87 FCFA / kg
- 2025 : 80 FCFA / kg (pour 6,87 milliards FCFA de chiffre d’affaires global, dont 4,6 milliards versés aux producteurs)
- 2026 : 72 FCFA / kg
Face à ce repli tarifaire, le succès du modèle reposera sur la capacité de la transformation locale à redistribuer suffisamment de valeur ajoutée aux coopératives et aux planteurs pour maintenir l’attractivité économique de ce sous-produit agricole.
Y.H.




