Premier producteur africain de caoutchouc naturel et troisième au niveau mondial derrière la Thaïlande et l’Indonésie, la Côte d’Ivoire entend consolider sa position sur un marché international porté par une demande structurellement croissante.
Le gouvernement ivoirien envisage ainsi la création de 500 000 hectares supplémentaires de plantations d’hévéa sur une période de dix ans, selon les informations issues de l’Assemblée générale de l’Association des producteurs pour la redynamisation de l’hévéaculture en Côte d’Ivoire (APRHE-CI), tenue le 20 décembre 2025, et relayées par l’Agence ivoirienne de presse (AIP).
D’après Dagniny Doukouré, président du conseil d’administration de l’APRHE, cette ambition traduit la volonté des autorités de répondre à la demande mondiale croissante en caoutchouc naturel, un intrant stratégique pour l’industrie pneumatique, les infrastructures et le secteur médical.
Une filière en pleine expansion
Cette annonce intervient dans un contexte de dynamique soutenue de la filière hévéicole ivoirienne. L’APRHE-CI, qui regroupe plus de 12 000 producteurs, mène actuellement une stratégie de remobilisation de ses membres, à travers des formations techniques ciblées (saignée, greffage, piquetage, planting optimisé) et la mise en place d’une nouvelle coopérative, COOP-AWALEY, destinée à mutualiser la production et renforcer le pouvoir de négociation des producteurs.
Sur le plan structurel, la superficie consacrée à l’hévéa a progressé de 3 %, passant de 701 481 hectares en 2019 à 722 502 hectares en 2023, selon les données du Conseil Hévéa-Palmier à huile (CHPH).
Cette progression s’est accompagnée d’une forte montée en puissance des exportations. D’après la Direction générale des douanes, les volumes exportés de caoutchouc naturel ont plus que doublé, passant de 876 200 tonnes en 2019 à 1,87 million de tonnes en 2023. Sur la même période, les recettes d’exportation ont bondi de 531 milliards FCFA à 1 244 milliards FCFA (environ 2,23 milliards USD).
Grâce à cette performance, le caoutchouc naturel s’est imposé comme la deuxième source de recettes d’exportation agricole de la Côte d’Ivoire, derrière le cacao.
Une demande mondiale appelée à durer
Les perspectives internationales renforcent la pertinence de cette stratégie d’expansion. Dans son dernier Commodities Markets Outlook publié en octobre, la Banque mondiale indique que la demande mondiale de caoutchouc naturel a progressé de 2 % sur les douze mois précédant septembre 2025.
Selon Mordor Intelligence, la taille du marché mondial du caoutchouc naturel est estimée à 48,5 milliards USD en 2025 et devrait croître à un rythme annuel moyen de 4,58 %, pour atteindre 60,7 milliards USD d’ici 2030. Cette croissance est tirée par plusieurs moteurs :
- l’essor des véhicules électriques et la demande accrue en pneus,
- la multiplication des projets d’infrastructures en Asie et en Afrique,
- l’utilisation croissante du latex de haute pureté dans le secteur de la santé.
Des débouchés industriels et énergétiques en développement
Au-delà des exportations, l’extension des plantations d’hévéa ouvre également des perspectives dans les industries connexes, notamment la bioénergie et les biocarburants, qui valorisent les sous-produits agricoles.
À Divo, la Société des Énergies Nouvelles (SODEN) a ainsi annoncé, le 3 juin 2025, son intention de développer une centrale de 76 MW alimentée par des déchets agricoles, dont les hévéas en fin de vie. En parallèle, le groupe Eni transforme déjà des graines d’hévéa en huile végétale pour ses bioraffineries. Après une phase pilote concluante, un accord de structuration d’une filière nationale des biocarburants a été signé avec l’État ivoirien le 28 mai 2025.
Autant de projets qui renforcent la chaîne de valeur locale, diversifient les débouchés et offrent des revenus complémentaires aux petits producteurs, tout en s’inscrivant dans la stratégie ivoirienne de transformation structurelle de son agriculture.




