Après le retrait de son projet phare au Niger, la compagnie canadienne Atomic Eagle (ex-GoviEx) redéploie sa stratégie en Zambie, où elle intensifie ses investissements dans un contexte mondial redevenu favorable à l’uranium.
Un pivot stratégique vers la Zambie
La société a annoncé le lancement d’un programme de forage de 30 000 mètres sur son projet de Muntanga. Cette campagne d’exploration vise à accroître les ressources déjà estimées à 58,8 millions de livres d’uranium et à dépasser les hypothèses de l’étude de faisabilité publiée en 2025.
À ce stade, le projet pourrait produire en moyenne 2,2 millions de livres par an sur une durée de 12 ans. Atomic Eagle affirme disposer des financements nécessaires pour soutenir ses travaux jusqu’en 2027, traduisant une volonté d’accélération dans un pays perçu comme plus stable sur le plan opérationnel.
Madaouela, un projet en suspens
Ce repositionnement contraste avec la situation au Niger, où la compagnie a perdu en 2024 les droits sur le projet de Madaouela. Le permis est depuis revenu dans le domaine public, interrompant le développement d’un actif qui devait s’appuyer sur environ 100 millions de livres de ressources et produire plus de 50 millions de livres sur près de deux décennies.
Face à cette décision, Atomic Eagle a engagé une procédure auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), avant de suspendre l’arbitrage début 2025 pour privilégier une solution négociée avec les autorités de Niamey. À ce jour, les discussions se poursuivent sans issue connue.
Un marché de l’uranium redevenu attractif
La relance des investissements en Zambie intervient dans un environnement porteur. La demande mondiale d’uranium progresse, soutenue par le regain d’intérêt pour le nucléaire dans les stratégies énergétiques. Les prix se maintiennent à des niveaux élevés, autour de 85 dollars la livre sur le marché spot et près de 90 dollars à long terme.
Dans ce contexte, les compagnies minières cherchent à accélérer le développement de projets capables de répondre à une demande future en croissance.
À l’inverse, le Niger traverse une phase d’incertitude. La production nationale est tombée à moins de 1 000 tonnes en 2024, contre plus de 4 000 tonnes une décennie plus tôt, selon la World Nuclear Association. Les tensions avec Orano et la nationalisation de certains actifs ont contribué à fragiliser l’écosystème minier.
Des perspectives encore ouvertes
Le succès d’Atomic Eagle en Zambie dépendra désormais de sa capacité à convertir son potentiel géologique en projet industriel viable, notamment en mobilisant les financements nécessaires à la construction de la mine.
Parallèlement, l’issue du différend avec le Niger reste un facteur clé. Une résolution favorable pourrait permettre une reprise du projet Madaouela ou, à défaut, clarifier le cadre juridique pour attirer de nouveaux investisseurs.
Le Niger conserve en effet plusieurs options pour relancer sa filière uranium, notamment à travers des projets comme Projet Dasa uranium porté par Global Atomic, ou via de nouveaux partenariats internationaux.
Dans ce jeu de repositionnement, la capacité des États à offrir un cadre stable et prévisible apparaît plus que jamais déterminante pour capter les investissements dans un marché redevenu stratégique.
E.N.




