Mali : malgré les attaques, le secteur minier reste un pilier économique sous tension

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Dans un contexte sécuritaire dégradé, le Mali continue de s’appuyer sur son secteur minier, en particulier l’or, pour soutenir ses finances publiques. Dix jours après les attaques du 25 avril qui ont frappé Bamako et plusieurs régions, les compagnies minières confirment globalement la poursuite normale de leurs activités, illustrant une résilience notable mais encore fragile.

Une continuité des opérations malgré le choc sécuritaire

Des acteurs majeurs du secteur, tels que Allied Gold, Resolute Mining et Kodal Minerals, ont rapidement rassuré sur la continuité de leurs opérations.

  • La mine d’or de Sadiola (région de Kayes) reste active,
  • celle de Syama (région de Sikasso) poursuit sa production,
  • tandis que le projet de lithium de Bougouni maintient ses exportations via le port de San Pedro en Côte d’Ivoire.

Les géants du secteur comme Barrick Gold (Loulo-Gounkoto) et B2Gold (Fekola) n’ont pas communiqué, mais tout indique que leurs activités se poursuivent également.

Une géographie qui protège… pour l’instant

Cette résilience s’explique en grande partie par la localisation des sites miniers. La majorité des mines industrielles se situe dans le sud et l’ouest du pays, relativement éloignés des zones de conflit du centre et du nord.

Par ailleurs, l’armée malienne sécurise certains axes logistiques stratégiques, limitant les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement, notamment pour le carburant et les intrants critiques.

L’effet prix de l’or, un facteur clé

Le contexte de marché joue également un rôle déterminant. Avec une hausse de plus de 60 % du prix de l’or en 2025, les compagnies ont un fort incitatif à maintenir leurs opérations malgré les risques.

Cette dynamique permet encore de compenser les coûts sécuritaires et logistiques, tout en soutenant les objectifs de production dans un environnement de prix historiquement élevés.

Un secteur vital pour les finances publiques

L’importance stratégique du secteur extractif pour l’État malien renforce cette logique de continuité. Selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le secteur représentait près de 41 % des recettes budgétaires en 2024.

Dans ce contexte, les autorités ont tout intérêt à préserver l’activité minière, tandis que les compagnies évitent de se placer en situation de tension avec un État fortement dépendant de ces revenus.

Des vulnérabilités bien réelles

Malgré cette apparente solidité, plusieurs incidents récents rappellent la fragilité du dispositif :

  • En janvier 2026, la mine de Morila a été attaquée, avec des équipements incendiés et des employés pris en otage.
  • En mai 2025, un convoi logistique vers Sadiola a été ciblé dans la région de Kayes.
  • Le blocus de septembre 2025 a perturbé les approvisionnements, contraignant certaines compagnies à revoir leurs objectifs.

Ces événements montrent que les infrastructures minières et logistiques restent exposées, même en dehors des zones de conflit direct.

Une équation sécuritaire en évolution

La montée en puissance des groupes armés, illustrée par la sophistication des attaques récentes, pourrait à terme modifier l’équilibre actuel. Si les zones minières restent pour l’instant relativement protégées, leur exposition indirecte via les chaînes logistiques constitue un point de vulnérabilité majeur.

Entre résilience et incertitude

Le secteur minier malien démontre aujourd’hui une capacité d’adaptation remarquable, soutenue par la géographie, les prix élevés de l’or et son rôle central dans l’économie nationale.

Mais cette résilience repose sur un équilibre précaire. À mesure que les menaces sécuritaires évoluent, la question n’est plus tant celle de la continuité à court terme que de la soutenabilité de ce modèle dans un environnement de plus en plus incertain.

A.S.

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