Le groupe nigérian de services financiers Access Holdings, maison mère d’Access Bank, devra revoir en profondeur sa stratégie internationale après le durcissement des règles prudentielles imposées par la Banque centrale du Nigeria (CBN). La holding a annoncé qu’elle réduira ses participations dans ses filiales bancaires étrangères dans un délai de 12 mois afin de se conformer aux nouvelles exigences réglementaires.
L’annonce a été faite le 5 mai par le directeur général du groupe, Innocent Ike, lors d’une conférence téléphonique avec les investisseurs. En cause, les nouvelles directives applicables aux holdings financières, qui plafonnent les investissements en capital à l’étranger à 10 % des fonds propres des actionnaires.
Cette mesure pourrait freiner significativement les ambitions panafricaines du groupe, qui a multiplié les acquisitions ces dernières années pour bâtir l’un des réseaux bancaires les plus étendus du continent. Access Holdings est aujourd’hui présent dans 24 pays sur trois continents, une expansion largement alimentée par le retrait progressif de plusieurs banques européennes d’Afrique subsaharienne.
En 2025, le groupe a encore accéléré cette stratégie avec plusieurs acquisitions majeures, notamment une participation de 74,9 % dans la filiale gambienne de Standard Chartered, le rachat de la division de banque de détail de la même banque en Tanzanie, ainsi qu’une prise de contrôle de 76 % dans AfrAsia Bank à Maurice.
Mais cette dynamique se heurte désormais à une contrainte réglementaire majeure. À fin décembre 2025, les fonds propres attribuables aux actionnaires d’Access Holdings atteignaient 4 253 milliards de nairas. Avec le nouveau plafond fixé par la CBN, le groupe ne pourra théoriquement immobiliser qu’environ 425 milliards de nairas dans ses participations étrangères, bien en deçà de son exposition actuelle.
Cette exigence pourrait contraindre Access Holdings à céder certaines participations, réduire ses positions à des niveaux minoritaires ou arbitrer en faveur des actifs les plus stratégiques.
L’enjeu est d’autant plus sensible que les activités internationales constituent désormais un moteur essentiel de croissance pour le groupe. Alors que le bénéfice avant impôts généré au Nigeria a reculé, passant de 723 milliards à 584 milliards de nairas sur un an, les opérations dans le reste de l’Afrique ont quasiment doublé leur contribution, passant de 144 milliards à 284 milliards de nairas. Les activités internationales au sens large ont contribué à hauteur de 289 milliards de nairas au résultat global.
Pour les analystes, cette réforme traduit une volonté claire de la Banque centrale de réorienter les capacités financières des groupes bancaires vers le financement de l’économie domestique. En limitant les capitaux immobilisés à l’étranger, le régulateur cherche à faire du marché nigérian la priorité stratégique des banques locales.
Reste à voir si cette nouvelle doctrine prudentielle marquera un coup d’arrêt durable aux ambitions continentales des grands groupes bancaires nigérians, longtemps parmi les plus offensifs dans la consolidation du paysage bancaire africain.
Y.H.




