Le gouvernement de Côte d’Ivoire a déployé un effort budgétaire important pour atténuer l’impact de la flambée des prix du pétrole sur le marché intérieur. Entre mars et mai 2026, plus de 100 milliards de francs CFA ont été mobilisés afin de stabiliser les prix des carburants et préserver le pouvoir d’achat des ménages, selon la Direction générale des hydrocarbures.
Cette intervention intervient dans un contexte international particulièrement tendu. Le prix du baril est passé d’environ 70 dollars fin février à plus de 120 dollars le 24 avril, soit une hausse de plus de 70 % en moins de deux mois, sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Face à cette envolée, les autorités ont d’abord choisi de maintenir les prix à la pompe inchangés en mars et avril, absorbant intégralement le différentiel entre les coûts d’approvisionnement et les tarifs administrés. Toutefois, la persistance de la hausse a conduit à un ajustement à compter du 1er mai 2026.
Le litre de super sans plomb est ainsi passé de 820 à 875 FCFA, celui du gasoil de 675 à 700 FCFA, et le pétrole lampant de 705 à 745 FCFA. Malgré ces augmentations, les prix restent nettement inférieurs à leur niveau réel sur le marché international. Sans soutien public, le super aurait dépassé 1 200 FCFA le litre, le gasoil plus de 900 FCFA et le pétrole lampant plus de 1 000 FCFA.
Pour limiter la pression sur les consommateurs, l’État a également suspendu les droits de douane sur le gasoil depuis mars, les ramenant à zéro. Le dispositif de soutien s’étend aussi au gaz butane, dont les prix demeurent fortement subventionnés : la bouteille de 6 kg reste fixée à 2 000 FCFA, contre un coût réel estimé à 5 000 FCFA, tandis que celle de 12 kg est maintenue à 5 200 FCFA, loin des 10 000 FCFA qu’elle atteindrait sans intervention.
Par ailleurs, l’État continue de prendre en charge une partie des coûts de transport des produits pétroliers, afin de garantir une relative homogénéité des prix entre Abidjan et les régions de l’intérieur.
Ces mesures traduisent la volonté des autorités de contenir les effets inflationnistes et de soutenir la compétitivité des entreprises dans un environnement international volatil.
Comparativement, la situation ivoirienne apparaît relativement maîtrisée. Au Sénégal, le prix du super reste plus élevé, tandis qu’au Ghana, le gasoil affiche également des niveaux supérieurs. Au Nigeria, pourtant premier producteur africain, les prix ont fortement augmenté, le super passant de 347 à 559 FCFA le litre entre février et début mai, et le gasoil atteignant environ 835 FCFA.
La Côte d’Ivoire, avec une production d’environ 65 000 barils par jour, ambitionne de porter ce niveau à 200 000 barils d’ici 2030, puis à 500 000 barils en 2035. Toutefois, cette production reste encore insuffisante pour protéger durablement le pays contre les chocs du marché pétrolier mondial, ce qui rend indispensable le recours à des mécanismes budgétaires de stabilisation comme ceux actuellement déployés.
Y.H.




