BOAD et Proparco lancent un mécanisme inédit de 200 millions d’euros pour financer le secteur privé en FCFA

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La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et Proparco, filiale du groupe Agence française de développement (AFD) dédiée au financement du secteur privé, ont annoncé lundi 11 mai à Nairobi la mise en place d’un mécanisme financier de 200 millions d’euros (environ 235 millions de dollars) destiné à renforcer le financement des entreprises privées de l’UEMOA en franc CFA.

Dévoilé en marge du forum économique « Inspire & Connect », organisé dans le cadre du sommet Africa Forward, ce dispositif repose sur une transaction croisée entre l’euro et le franc CFA (swap de devises). Les deux institutions le présentent comme une première mondiale dans cette configuration.

Réduire le risque de change pour débloquer le financement privé

Le mécanisme vise un verrou structurel bien connu des économies ouest-africaines : la rareté des financements de long terme libellés en monnaie locale pour le secteur privé.

Dans la pratique, l’opération permettra à Proparco d’accroître son offre de prêts en franc CFA aux entreprises de l’UEMOA, tout en offrant à la BOAD un accès renforcé à des ressources en euros. L’objectif est de limiter l’exposition des entreprises locales au risque de change, qui renchérit souvent le coût du financement lorsque les prêts sont libellés en devises étrangères.

Pour les PME comme pour les acteurs industriels, cette problématique reste un frein majeur à l’investissement de long terme, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’industrie ou l’agroalimentaire.

« Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de réforme de l’architecture du financement du développement », a souligné Françoise Lombard, directrice générale de Proparco.

Une ambition plus large autour du financement africain

L’annonce s’inscrit dans une offensive plus large de Proparco sur le continent. L’institution prévoit de formaliser à Nairobi 500 millions d’euros de financements au total, soit environ la moitié de son engagement annuel prévu pour l’Afrique en 2026.

Pour la BOAD, cet accord s’aligne avec sa nouvelle feuille de route stratégique. Fin mars, lors de sa 150ᵉ session, son conseil d’administration a validé le plan « Djoliba… La Suite », qui prévoit 6500 milliards FCFA (11,6 milliards de dollars) d’engagements entre 2026 et 2030, soit un quasi-doublement par rapport au cycle précédent.

Cette ambition repose sur une base financière consolidée : la banque régionale a clôturé 2025 avec un total bilan de 5363 milliards FCFA (+38 %), un résultat net de 42,5 milliards FCFA, tout en conservant ses notations investment grade chez Moody’s (Baa1) et Fitch (BBB).

Une innovation à confirmer sur le terrain

Si l’architecture financière apparaît innovante, l’impact réel dépendra désormais de son exécution. Ni le calendrier précis de déploiement, ni les premiers secteurs bénéficiaires, ni les modalités opérationnelles d’allocation des ressources n’ont encore été détaillés.

Le principal enjeu sera donc de transformer cette innovation financière en décaissements effectifs au bénéfice du tissu productif régional.

Dans un environnement où l’accès au crédit de long terme demeure l’un des principaux freins à la transformation économique de l’UEMOA, ce type d’instrument pourrait ouvrir une nouvelle voie, à condition de démontrer rapidement sa capacité de déploiement à grande échelle.

Y.H.

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