Longtemps marginal dans l’économie caféière africaine, le Nigeria affiche désormais de nouvelles ambitions pour relancer une filière quasiment tombée en sommeil. Entre projets agricoles d’envergure, mobilisation du secteur privé et appui institutionnel, Abuja cherche à faire du café un nouveau levier de diversification agricole et d’exportation.
Le dernier signal en date est venu de l’État d’Ondo, où un projet de culture de café sur 1000 hectares a été lancé début mai avec l’appui du gouvernement fédéral, de l’Alliance africaine des producteurs de cacao et de café (COCEFAAA), de la National Coffee and Tea Association of Nigeria (NACOFTAN) et de l’entreprise privée Lingzhi Global Nigeria Ltd.
Présenté comme un projet pilote, ce programme vise à servir de modèle pour une relance plus large de la filière, avec des ambitions de création d’emplois, de transformation locale et de montée en gamme des exportations.
Une filière presque à reconstruire
Le regain d’intérêt actuel tranche avec la réalité du secteur. Selon les données de la FAO, la production nigériane de café stagne à environ 1800 tonnes par an, avec une superficie cultivée limitée à 1450 hectares, pratiquement inchangée depuis plusieurs années.
À titre de comparaison, le pays produisait près de 6000 tonnes dans les années 1980.
Ce recul s’explique par une combinaison de facteurs structurels : faible accès à des plants performants, manque d’investissements, infrastructures de transformation limitées, faibles rendements et absence d’une politique sectorielle cohérente.
Le gouvernement semble vouloir inverser cette tendance. Dès janvier, le ministère de l’Agriculture avait annoncé un programme de distribution de plants améliorés destinés aux producteurs de café et de thé.
Le secteur privé monte en puissance
Au-delà des annonces publiques, le secteur privé commence à structurer des projets de plus grande ampleur.
En 2025, le groupe JR Farm a signé un accord avec l’État de Cross River pour développer 30 000 hectares de café sur cinq ans, avec une première phase ciblant notamment la culture d’arabica dans les zones de Boki et Obanliku.
Dans l’État de Taraba, un partenariat entre la NACOFTAN et le Raw Materials Research and Development Council (RMRDC) prévoit pour sa part le développement de 28 000 hectares de cultures mixtes café-thé sur sept ans, avec un accent sur la recherche, les semences améliorées et l’accompagnement technique des producteurs.
Ces projets traduisent une tentative de changement d’échelle dans un pays où la filière reste aujourd’hui quasi insignifiante à l’échelle mondiale.
L’absence d’une stratégie nationale reste le principal verrou
Malgré cette multiplication d’initiatives, les professionnels du secteur alertent sur le risque d’une relance fragmentée.
La COCEFAAA plaide pour une véritable stratégie nationale du café, intégrée aux politiques agricoles et adossée à des mécanismes concrets de soutien : subventions aux intrants, services de vulgarisation, accès au financement, incitations à l’export et développement des infrastructures de transformation.
L’enjeu dépasse la seule production agricole. Pour Abuja, relancer le café pourrait contribuer à diversifier des recettes agricoles encore largement dominées par le cacao, l’anacarde et quelques autres cultures d’exportation.
Mais entre les annonces de plantations et l’émergence d’une filière compétitive capable d’accéder durablement aux marchés internationaux, le chemin reste encore long.
Y.H.




