Niger : la mine d’uranium Dasa vise un premier yellowcake en 2028, mais Global Atomic reste face à de lourds défis

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Dans un contexte de regain d’intérêt mondial pour le nucléaire civil et de remontée des cours de l’uranium, le projet Dasa apparaît comme l’un des actifs miniers les plus stratégiques du Niger. Mais malgré un environnement de marché favorable, la mise en production de cette future mine d’uranium reste conditionnée à plusieurs verrous critiques.

La compagnie canadienne Global Atomic a annoncé le 13 mai que les premiers chargements de concentré d’uranium (yellowcake) issus du projet Dasa sont désormais attendus au premier semestre 2028.

Il s’agit d’un nouveau calendrier pour un projet dont l’entrée en production a déjà été reportée à plusieurs reprises depuis 2023.

Un projet clé pour le repositionnement minier du Niger

Situé dans la région d’Agadez, Dasa est développé par SOMIDA, société détenue à 80 % par Global Atomic et 20 % par l’État nigérien.

Selon l’étude de faisabilité publiée en 2024, le projet devrait produire 68,1 millions de livres d’uranium sur environ 24 ans.

Pour Niamey, l’enjeu dépasse largement ce seul projet.

Le Niger, longtemps acteur majeur du marché mondial, a vu sa production d’uranium s’effondrer ces dernières années :

  • plus de 4 100 tonnes en 2015 ;
  • seulement 962 tonnes en 2024, selon la World Nuclear Association.

Ce recul s’explique notamment par :

  • la fermeture de Cominak en 2021 ;
  • les tensions autour de Orano ;
  • la nationalisation de Somaïr en 2025.

Dans ce contexte, Dasa est perçu comme l’un des principaux leviers de reconquête minière du pays.

Un marché mondial redevenu porteur

Le timing théorique est favorable.

Selon les données relayées par Cameco :

  • uranium spot : 86,35 USD/livre en avril 2026
  • contre environ 51 USD/livre mi-2023

Les prix de long terme avoisinent désormais 90 USD/livre.

Cette dynamique reflète le retour du nucléaire dans les stratégies énergétiques mondiales.

Depuis la COP28, une trentaine de pays se sont engagés à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, avec un objectif de 1 200 GW installés.

Selon la World Nuclear Association, cela pourrait porter les besoins annuels en uranium à 250 000 tonnes, contre environ 60 000 tonnes actuellement produites.

Autrement dit, Dasa arrive sur un marché structurellement plus favorable qu’au moment de sa conception.

Le financement reste le principal verrou

Malgré ces perspectives, Global Atomic n’a pas encore sécurisé l’élément le plus critique : le financement.

Le projet dépend majoritairement d’un prêt attendu d’une banque américaine.

Le coup d’État nigérien de juillet 2023 a considérablement ralenti le processus.

À ce stade :

  • aucune documentation financière définitive n’est signée ;
  • aucun closing n’est annoncé ;
  • la construction de l’usine de traitement reste conditionnée à ce financement.

Global Atomic explore également :

  • une ouverture du capital du projet ;
  • une coentreprise avec un partenaire stratégique ;
  • la cession d’une participation minoritaire dans SOMIDA.

Sans bouclage financier, le calendrier 2028 reste théorique.

La logistique, autre fragilité majeure

Le second obstacle est logistique.

Historiquement, le corridor naturel passait par le Bénin.

Mais depuis la crise diplomatique post-putsch :

  • la frontière Niger-Bénin reste fermée côté nigérien ;
  • les routes d’exportation doivent être redirigées.

Le scénario actuel privilégie le port de Lomé.

Conséquences :

  • distances plus longues ;
  • coûts logistiques accrus ;
  • délais plus complexes ;
  • risques opérationnels plus élevés.

L’arrivée de Romuald Wadagni pourrait ouvrir une fenêtre diplomatique, mais aucun changement concret n’est encore acté.

Un actif stratégique, mais encore fragile

Sur le papier, Dasa coche plusieurs cases :

  • ressource stratégique ;
  • soutien politique local ;
  • marché porteur ;
  • importance géopolitique croissante de l’uranium.

Mais dans les faits, le projet reste suspendu à deux variables lourdes :

capital + corridor logistique.

Pour Global Atomic, 2028 constitue moins une certitude qu’un nouveau jalon ambitieux.

B.S.

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