Le Ghana fait face à un nouveau choc dans le financement de son secteur de la santé. À l’occasion de la 79e Assemblée mondiale de la santé à Genève, le président John Dramani Mahama a indiqué que le pays a perdu 78 millions de dollars à la suite de la fermeture des programmes de l’USAID, selon un communiqué de la présidence publié le 18 mai.
Ces financements soutenaient principalement des programmes critiques de santé publique, notamment la lutte contre le paludisme, le VIH/sida, la nutrition, ainsi que la santé maternelle et infantile. Ils finançaient entre autres les campagnes de dépistage, la distribution de traitements antirétroviraux et plusieurs interventions de prévention.
Cette perte intervient alors même que le Ghana a enregistré des progrès notables ces dernières années. Le pays figure parmi les pionniers africains ayant introduit le vaccin antipaludique RTS,S/AS01 dans son programme national de vaccination. Selon l’OMS, la prévalence du paludisme chez les enfants de moins de cinq ans est passée de 20,6 % en 2016 à 8,6 % en 2023, tandis que les décès hospitaliers liés à cette maladie ont fortement reculé.
Sur le front du VIH, les données de la Ghana AIDS Commission estiment à 334 721 le nombre de personnes vivant avec le virus, avec un taux de prévalence de 1,49 % chez les adultes âgés de 15 à 49 ans. Une partie importante de cette prise en charge dépendait directement ou indirectement de financements extérieurs.
Un choc budgétaire aux implications structurelles
Au-delà du montant immédiat, cette perte met en lumière la vulnérabilité persistante des systèmes de santé africains à la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. Malgré l’existence du National Health Insurance Scheme (NHIS), le Ghana continue de faire face à des disparités d’accès aux soins entre zones rurales et urbaines, à un déficit de personnel qualifié et à des insuffisances d’équipements médicaux.
Le retrait de l’USAID intervient dans un contexte plus large de contraction de l’aide internationale à la santé depuis 2025. Selon Deutsche Welle, l’Afrique subsaharienne pourrait perdre jusqu’à 4,5 milliards de dollars de PIB sur cinq ans en raison de cette dynamique, avec des effets attendus sur l’emploi sanitaire, les infrastructures d’eau et d’assainissement et certains programmes agricoles.
Une relation bilatérale fragilisée
Ce choc survient également dans un contexte diplomatique plus tendu entre Accra et Washington. En avril dernier, le Ghana avait mis fin à des discussions sur un accord bilatéral de santé avec les États-Unis, invoquant des désaccords relatifs à l’accès aux données personnelles des citoyens ghanéens.
Pour Accra, la question dépasse désormais le simple remplacement d’un bailleur. L’enjeu est celui de la résilience financière du système de santé, à un moment où plusieurs pays africains sont poussés à repenser leurs modèles de financement sanitaire et à renforcer la mobilisation de ressources domestiques.
A.S.




